Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaire Le Point

hollande et merkel vont tenter d'afficher l'unité du couple franco-allemand
hollande et merkel vont tenter d'afficher l'unité du couple franco-allemand © reuters

Dimanche dernier, Angela Merkel a décidé d’ouvrir en grand son portefeuille.

La chancelière allemande va injecter près de 30 milliards d’euros dans l’économie, mettre en place un salaire minimum par branche, un plafonnement des loyers, revaloriser les allocations, etc… Et cela énerve François Hollande.

Souvenez-vous : Angela Merkel, c’est cette chancelière égoïste, fière de ses beaux résultats économiques, celle qui dicte sa loi –l’austérité, au reste de l’Europe. Eh bien, c’est justement elle -la même !- qui vient de présenter son programme, lors du lancement de sa campagne pour les prochaines élections, en septembre. C’est une feuille de route qui fait rougir de jalousie François Hollande.

Et pour cause, Merkel fait exactement le programme qu’Hollande aimerait faire : doper l’économie, injecter de l’argent public pour faire repartir la machine. Sauf que Hollande, lui, n’a absolument pas les moyens financiers de cette politique de relance. Le déficit public français ne cesse de se creuser –il a gonflé encore de 20 milliards d’euros à en croire la commission des finances de l’Assemblée nationale. Et Hollande n’a donc plus de marges de manœuvre. C’est énervant !

- Mais il faut souligner qu’Angela Merkel est en campagne.

Oui et sans doute fait-elle de telles annonces pour séduire l’électorat de gauche et du SPD, son opposition, qui jusque là ne semblent pas croire dans les chances de leur champion, Peer Steinbruck. Mais elle dispose aussi d’importants moyens financiers.

Je ne prends qu’un exemple : le commerce extérieur.

D’un côté du Rhin, il est en excédent de 170 milliards d’euros. De l’autre, en déficit de 70 milliards. Et puis il y a ces déficits publics. Certes, il ne s’agit que de celui de l’Etat fédéral sans les régions, très endettées) mais en Allemagne, il n’atteint « que » 6,2 milliards d’euros. Et un excédent budgétaire est prévu en 2015 !

- Tant mieux pour nos voisins, non ?

Oui sauf que plutôt que de siffler d’admiration, beaucoup au PS continuent à prendre Angela Merkel pour un bouc-émissaire. Il y a un mois, les députés PS préparaient un texte sur l’Europe dans lequel ils dénonçaient «l’intransigeance égoïste de la chancelière allemande Angela Merkel».

Finalement, ils ont préféré dénoncer « la droite libérale conservatrice » allemande et ne pas pointer du doit Merkel pour éviter un incident diplomatique. Quant à Arnaud Montebourg, il était il y a quelques semaines en Allemagne, il expliquait qu’il fallait que les employeurs augmentent les salaires de leurs employés. Bigre ! Imaginez un instant l’inverse : un ministre allemand qui viendrait dire à nos patrons que les salariés sont trop payés ! Hollande lui-même ne sait pas trop sur quel pied danser avec Merkel.

Et pour cause : c’est à Berlin que Barak Obama s’est récemment rendu. Et non pas à Paris. C’est avec Merkel que David Cameron, le premier ministre vient de passer un long week-end familial. C’est encore Berlin qui joue la carte de l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis tandis que Paris est plus que frileux sur ce dossier. Il y a peu, François Hollande a souligné la « tension amicale» qui caractérisait sa relation avec Merkel. Mais au même moment, de l’autre coté du Rhin, au congrès du SPD, où avait été invitée la chancelière, le président français a choisi de faire l’éloge des réformes allemandes. En soulignant que les Allemands avaient une longueur d’avance sur la France…

En fait, Angela Merkel continue à dire aux Allemands qu’elle fait de l’austérité... Tout en dopant son économie à coup de milliards. Et François Hollande, lui, refuse de dire aux Français qu’il fait de l’austérité mais n’a plus un sou pour doper la machine. Tout ça est effectivement très agaçant... De quoi, en tout cas, être un petit peu jaloux.

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