Par Benjamin Sportouch, journaliste au magazineL'Express

Toutr Eiffel - Union européenne
Toutr Eiffel - Union européenne © y.caradec

Un tweet, hier, de Ségolène Royal sur la situation à Chypre pourrait être révélateur d’un climat europhobe à droite comme à gauche.

L’ancienne candidate à l’élection présidentielle se demande en 140 signes pourquoi l’Europe a accepté de faire entrer Chypre en 2004: « un paradis fiscal sans foi ni loi », accuse-t-elle. Facile et démagogique. Car en s’arrêtant là, la présidente de région ne fait que surfer sur un sentiment europhobe qui se répand chaque jour un peu plus à la faveur de la crise. L’Europe, parce que c’est d’abord un espace de paix, a vocation à s’élargir. Il eut été en fait plus intéressant de se demander comment on en est arrivé à cette situation.

En fait, les instances européennes ont souvent alerté sur la situation de Chypre, mais elles n’ont pas été entendues. La vraie question est donc de savoir pourquoi les pays membres sont restés sourds.

- Alors pourquoi justement ?

Parce qu’entendre cet avertissement c’était accepter que l’Europe monte en puissance. Qu’on lui confère des pouvoirs qu’elle n’avait pas et qu’elle n’a toujours pas. Et cela aurait impliqué que les états de la zone euro concèdent plus tôt une part de leurs prérogatives nationales. Bruxelles aurait pu mettre son nez dans les affaires intérieures d’un pays adhérent avec un véritable gouvernement, pas seulement économique mais aussi Po-li-tique ! C’est une fois de plus par manque d’Europe et non pas en raison d’un trop d’Europe que plusieurs économies européennes sont tombées comme des dominos. Faute d’une Europe plus fédérale.

Voilà le mot devenu malheureusement tabou : fédéralisme. Ni Nicolas Sarkozy ni François Hollande n’ont osé le prononcer pendant leur campagne.

- Concrètement, comment une Europe fédérale aurait pu éviter les dégâts que nous connaissons ?

Une Europe plus intégrée, fédérale, c’était donner la possibilité à l’Europe d’être incarnée. Avec des personnalités qui auraient pu tenir tête aux dirigeants nationaux et donc chypriotes, et défendre l’intérêt européen. Qui connaît aujourd’hui Herman von Rompuy, Manuel Barroso ou Catherine Ashton ? Ce sont tout juste des noms pour le grand public. Sans grand charisme, ils ont été placés là pour ne pas faire d’ombre.

Mais les choses pourraient commencer à changer aux européennes de 2014. Viviane Reding, l’un des commissaires européens –entre nous, le mot même de commissaire n’est pas des plus engageants pour parler d’Europe-, a donc proposé qu’avant même l’élection les grands partis européens désignent un candidat pour succéder à Barroso à la tête de la Commission. Ce n’est pas anodin que la proposition émane de Reding. Cette luxembourgeoise de droite avait su tenir tête à Nicolas Sarkozy sur la question des Roms en 2010. De droite ou de gauche, c’est une personnalité de cette trempe qu’il faut à l’Europe. Que l’Union ait enfin un visage. On pourrait aussi espérer voter le même jour, et pourquoi pas avec des listes européennes. Mais ce serait déjà un bon début.

Avec la crise, l’eurobashing récupéré par les extrêmes est la plus simpliste des solutions.

François Hollande s’honorerait de ne pas s’y soumettre et de profiter de la crise pour porter, enfin, une Europe fédérale.

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