Par Piotr Smolar , journaliste au quotidien Le Monde

Au sujet de l’échec de la médiation Juppé, l’UMP au bord du gouffre : comment en est-on arrivé là ? Il y a quelque chose de fascinant dans le penchant suicidaire des dirigeants de l’UMP. Ils sont prêts à saborder le navire plutôt que d’en laisser la barre à l’autre clan. Jean-François Copé, soudain très légaliste une semaine après son coup de force au soir du scrutin, s’attend à ce que la commission des recours confirme sa victoire. Mais vues la haine ambiante et les accusations mutuelles de fraudes, aucune commission, aucune médiation, aucun recomptage, ne permettra de désigner un véritable président. Seulement un vainqueur boiteux. La seule solution viable, c’est un nouveau vote. Un vote organisé dans quelques semaines par une direction temporaire, le temps, cette fois, de bien préparer le scrutin. - Le vote des militants de l’UMP : l’idée fait son chemin, sauf chez les copéistes

Le problème, c’est que les protagonistes de cette affaire ne pensent ni aux principes du droit, ni aux intérêts de leur formation. Outre la haine entre eux, ils ont une maladie en partage. Ils sont victimes d’une Elyséeite aiguë.

C’est une pathologie heureusement assez rare, apparue en 1958.

Ses symptômes sont une obsession pour un palais situé dans le 8ème arrondissement de Paris et la certitude que personne d’autre que le malade ne devrait y siéger. Bien entendu, François Fillon et Jean-François Copé jurent qu’ils défendent le vote des militants. Bien entendu, Alain Juppé ne veut que la paix dans le voisinage, pour se consacrer à sa ville de Bordeaux. Et bien entendu, Nicolas Sarkozy ne veut que le meilleur pour son parti, de façon désintéressée. L’ancien président a fait savoir de Shanghai, où il donnait une conférence hier, qu’il était favorable à toute initiative pour régler la situation. L’ombre de Nicolas Sarkozy s’allonge sur l’UMP mourante. Elle explique aussi la crise actuelle, au-delà des fraudes. Normalement, dans la plupart des démocraties occidentales, lorsqu’un président ou un premier ministre est défait dans les urnes, sa formation accepte une sorte de deuil politique. Elle se tait quelques mois et elle réfléchit aux racines de sa défaite. A sa stratégie et à son idéologie. Or cette réflexion a été interdite à l’UMP. On a créé une sorte de mausolée imaginaire du quinquennat Sarkozy. Aucune profanation n’est tolérée. Surtout que Lazare pourrait ressortir de sa tombe. En septembre 2010, lorsque Ed Miliband a pris la tête des travaillistes britanniques après leur perte du pouvoir, il a dit ceci : «Regardons les choses en face: nous avons eu de très mauvais résultats et nous ne gouvernons plus. Le Labour est devenu prisonnier de ses propres certitudes .» Qui est prêt à tenir ce genre de discours à l’UMP ?

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