ParGuillaume Roquette, directeur de la rédaction duFigaro Magazine

Le Front National est le grand gagnant de cette année politique. Pourtant, il n’a pas vraiment brillé lors des récents scrutins !

C’est vrai, il y a un paradoxe Front national. Si l’on en juge par les trois élections législatives partielles du début du mois, le parti de Marine Le Pen n’a pas profité de la crise de l’UMP, ni surtout de la crise économique et sociale puisqu’il a fait à peine mieux qu’aux mêmes élections en juin dernier. Mais les élections partielles ne sont pas un bon baromètre parce qu’elles avantagent toujours les personnalités politiques fortement implantées localement. Or, la stratégie du Front national est avant tout nationale, et de ce point de vue, l’année 2012 a été excellente.

Avec son score historique au premier tour de la présidentielle de presque 18%, Marine Le Pen a gagné la légitimité qui lui faisait défaut jusque-là. En appelant à voter blanc au second tour, elle a aussi montré sa capacité à faire battre le candidat de droite, Nicolas Sarkozy. Du coup, la présidente du FN s’est installée comme un des leaders de l’opposition.

Dans les derniers sondages, elle tourne autour de 30% d’opinions favorables, juste derrière François Fillon et loin, très loin, devant Jean-François Copé.

Médiatiquement, elle fait aussi un parcours sans faute, on l’a bien vu à « Des paroles et des actes » sur France 2 il y a trois semaines, où elle a largement dominé Manuel Valls.

  • Marine Le Pen ne profite-t-elle pas surtout de l’espace politique laissé vacant par l’UMP, paralysée par l’affrontement Copé/Fillon ?

    Il est sûr qu’elle a dû se frotter les mains devant cette ahurissante guerre des chefs. Par contraste, elle est apparue comme un modèle de sagesse ! La crise à l’UMP a évidemment été une bonne surprise pour le FN, mais de courte durée puisque les frères ennemis ont fini par s’entendre.

    L’évènement le plus important de 2012 pour le Front national, ce n’est pas l’affrontement Copé/Fillon, c’est l’impuissance des socialistes devant le chômage. Marine Le Pen peut désormais renvoyer dos à dos le PS et l’UMP en affirmant que Hollande comme Sarkozy ont échoué face à la crise et que le seul parti capable de changer la donne est le FN.

-D’autres partis peuvent jouer ce rôle protestataire, comme le Front de gauche...

...Mais le Front de gauche est moins radical que le FN, il ne propose pas de sortir de l’euro ou de stopper l’immigration, deux arguments qui font mouche auprès des classes populaires fragilisées par la crise.

Et puis le Front de gauche repose sur un homme, Jean-Luc Mélenchon, alors que le Front national a une organisation solide et surtout –ce qui est nouveau- de gros moyens. Grâce au succès de Marine Le Pen à la présidentielle, le FN, qui était au bord de la faillite début 2012, va toucher 6 millions d’euros d’argent public chaque année. De quoi préparer le terrain en vue des scrutins de 2014, les municipales et surtout les européennes. Si l’UMP ne propose pas très vite une offre politique crédible face aux socialistes, le FN risque de devenir le principal parti d’opposition.

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