Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaireLe Point

Mario Monti
Mario Monti © Radio France / MM

Les Italiens ont envoyé un message à tous les gouvernement européens et ce message doit s’adresser en particulier à François Hollande.

Ce qui s’est passé lors des élections en Italie dimanche et lundi, ne concerne pas seulement les Italiens et la cuisine politique locale de la Péninsule. Les propos souvent consternants et les invectives sur le mode du « tous pourris ! » de Bepe Grillo et de Silvio Berlusconi n’ont pas beaucoup d’importance en soi. Ce qui est intéressant, c’est le message que les Italiens viennent de passer aux élites européennes en général… Et à François Hollande en particulier.

- Pourquoi à François Hollande ?

Cela fait des mois que la Commission européenne et tous les gouvernements européens répètent le même discours aux Italiens. « Mario Monti est l’homme qu’il vous faut ! », « Il fait les réformes dont votre pays a besoin ! », « Il est l’homme de la situation ! », « Votez pour lui ! ». Et François Hollande n’était pas le dernier. Souvenez-vous de ses généreuses accolades et de ses déclarations enflammées. Je cite : « Mario Monti a permis à l'Italie de se redresser ». Il est « l'homme grâce auquel l'Italie est aujourd’hui respectée »…

Le problème, c’est que Monti n’a pas dépassé 10% des voix dans les urnes. Fin 2011, Monti a certes fait reculer les marchés financiers qui étaient à deux doigts de déclarer le pays en cessation de paiement. Mais pfuittt… Dès que le danger s’est éloigné, les Italiens ont dit ce qu’ils avaient sur le cœur. Et justement, ils en ont gros sur le cœur. Je vous la fait courte : le pays est en grande récession. La dette publique italienne continue à flamber. Un tiers des jeunes est au chômage. Quant aux dépenses publiques, Mario Monti a fait le ménage en grand.

En 2011 et 2012, celles-ci ont diminué de 45 milliards d’euros et les prélèvements obligatoires ont augmenté de 50 milliards d’euros. Mais les exigences de la Commission européenne et des marchés sont restées en travers de la gorge des Italiens. C’est donc aussi aux élites européennes que beaucoup d’entre eux ont fait un bras d’honneur.

- Mais tout de même, ce qui se passe en Italie n’a rien à voir avec ce qui se passe en France !

En France, chut… Il ne faut pas le dire. François Hollande a choisi de faire de la rigueur. Mais sans le dire. Il n’a pas entamé non plus un chantier de réformes aussi ambitieux que celui de Mario Monti. Sauf que les résultats économiques sont eux aussi dans le rouge. Et durablement. Le pays est en récession, les déficits publics s’aggravent, le chômage augmente…

Et comme la France compte aussi son lot de mouvements populistes –suivez mon regard, à l’extrême droite ou à la gauche de la gauche- ce qui vient de se passer en Italie est un message très clair à l’attention de François Hollande.

Mais aussi de l’UMP et de François Fillon qui ne fait plus mystère de ses ambitions. Fillon comme Hollande défendent une politique de rigueur. Une politique qui colle aux aspirations des marchés financiers. Peut-être est-cela dont le pays a besoin. Mais il va falloir, vite, très vite que celle-ci prouve qu’elle produit des effets bénéfiques dans la vie quotidienne des Français. Sinon, ce qui vient de se passer en Italie se passera demain en France.

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