Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

Un n ouveau rassemblement important des opposants au mariage gay a eu lieu hier à Paris. Un million de personnes selon les organisateurs, 150.000 selon la police : ce n’est pas tout à fait pareil !

Peu importe le chiffre précis. La loi est promulguée, validée par le Conseil constitutionnel. Les opposants devront trouver d’autres formes de mobilisation. En tout cas, ce mouvement ne doit pas être négligé. Il prend racine dans les profondeurs de notre société. Depuis la Révolution, il y a toujours eu une France conservatrice, plutôt rurale, blanche, catholique, attachée à l'ordre, à la morale et à la cellule familiale classique. Une France qui se sent menacée dans ses fondements, dans son identité. Cette menace a pu, dans le passé, être liée à l'insécurité, comme en 2002 ; au traité constitutionnel européen, en 2005 ; ou bien aux questions identitaires, ces dernières années. Le mariage gay est un révélateur de ces tensions, un moment où elles remontent à la surface. - Donc, finalement, la direction de l’UMP a eu raison d’emboiter le pas à ce mouvement?

les anti-mariage gay défilent à paris
les anti-mariage gay défilent à paris © reuters

Disons les choses autrement : l'aile dure de l'UMP a préféré les calculs boutiquiers à court terme au rendez-vous avec l'Histoire. Il est évident que la droite ne reviendra jamais sur le mariage gay, tout simplement parce qu'il va se banaliser, malgré les maires récalcitrants, malgré de possibles violences. Je le rappelle à nouveau : les homos ne représentent que 0,6% des personnes vivant en couple, selon l’INSEE. Mais décollons le nez de la vitre nationale embuée. La France est seulement le 14ème pays à légaliser le mariage gay.

Le premier fut les Pays-Bas en 2001, où aucune désintégration de la famille traditionnelle n’a été constatée. En fait, ça fait un an que le débat s’accélère dans le monde. La question de l'égalité des droits pour les homosexuels est devenue un marqueur, une mesure de tolérance pour les sociétés. Mais c’est aussi une ligne de partage, pour aller vite, entre le monde occidental, le plus avancé sur le plan des mœurs et des droits individuels, et les autres ensembles. Evidemment, ce processus ne va pas de soi. Même dans nos pays européens, les avancées législatives provoquent de vives tensions, on l’a vu récemment en Grande-Bretagne. Même chose aux Etats-Unis, où 12 Etats seulement ont voté le mariage gay. -- Et ailleurs dans le monde, la question du mariage reste même un horizon très lointain ! Quelque 75 pays, dont la plupart en Afrique et au Moyen-Orient, considèrent l'homosexualité comme un crime. Le 17 mai, c’était la journée mondiale de lutte contre l’homophobie. Hélas, elle n’est pas prête de disparaître. Ce jour-là, à Tbilissi, en Géorgie, une chasse à l'homme a été déclenchée contre une poignée de gays par des milliers de personnes, conduites par l'église orthodoxe. Ce même jour, à Changcha, dans la province chinoise de Hunan, quelques dizaines de personnes ont osé se réunir. Un vrai acte de courage. En Chine, l’homosexualité a été considérée comme une maladie mentale jusqu’en 2001. Imaginez qu’en Russie, les députés viennent de voter une loi contre la propagande gay…

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