Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaireLe Point

journée d'action intersyndicale contre l'austérité
journée d'action intersyndicale contre l'austérité © reuters

Les "querelles internes" ne concernent pas que la politique, mais aussi les formations syndicales.

Vous avez aimé la guerre à l’UMP ? Vous aimez les querelles de ces derniers jours entre le gouvernement et la gauche de la gauche ? Rassurez-vous, un autre feuilleton du même ordre est en train de se jouer chez les patrons. C’est la guerre au Médef. La patronne des patrons, Laurence Parisot, ne veut plus rendre son tablier. Elle a effectué deux mandats. Elle en veut un troisième. Face à elle, une foultitude de prétendants. Ils sont cinq ou six. Et personne n’est avare de noms d’oiseaux. Certains accusent Parisot de ruiner l'image des patrons. Tandis que de son côté, elle dénonce la perversité de ses adversaires.

- De quoi ravir les syndicats de salariés ?

Non. Car ce qui se passe chez eux n’est guère mieux. Le leader de la CFDT est scandalisé par les insultes des militants de la CGT à l’encontre de ses troupes. A tel point que le 1er mai, c’est décidé, il organisera son propre défilé. Ce qui n’était pas arrivé depuis 8 ans. Motif : « je n’ai pas envie qu’on se fasse traiter de « collabos » et de « renégats ». A la CGT, c’est en interne que ça se chamaille. Thierry Lepaon a certes été élu voici quelques jours pour succéder à Bernard Thibault après 14 ans de règne. Mais ce dernier avait, au départ, choisi, un autre candidat, une femme. Un choix dont les cadres du mouvement ne voulaient pas entendre parler… Reste la petite CGC, le syndicat des cadres. C’est la même chose. Trois candidats se bagarrent pour prendre, dans quelques jours, la tête de la petite formation.

- N’est-ce pas la loi de la démocratie ?

Pas vraiment… Car dans les cas que je viens de vous citer, il s’agit de querelles de personnes et d’égos. Il ne s’agit pas de s’affronter sur des projets et sur des réformes. Retraite, assurance maladie, plans sociaux, chômage, marché de l’emploi… Le modèle social français traverse une gigantesque crise financière. Or, c’est justement sur de tels dossiers que les syndicats et le patronat ont leur mot à dire. Certes, le taux de syndicalisation est en France particulièrement faible. Certes, beaucoup de patrons ne se reconnaissent pas dans le Medef. Mais face à la crise, les Français savent que le match PS/UMP ne se suffira pas à lui tout seul pour trouver des solutions concrètes et déterminer un cap pour sortir le pays de la récession. Il faut donc que les patrons défendent leur point de vue avec des leaders crédibles. Et c’est la même chose chez les représentants des salariés.

Aujourd’hui, tout le monde regarde vers l’Allemagne en se demandant comment font nos voisins sur le plan économique. Dans ce pays qui ne compte aujourd’hui que 5% de chômeurs, ce sont justement les politiques, mais aussi et surtout les patrons et les syndicats qui, il y a dix ans, se sont installés autour d’une table. Avec une feuille de route : enrayer le déclin du modèle social allemand… Mais en France on en est loin.

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