Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine

Beppe Grillo
Beppe Grillo © Radio France / Mathilde Auvillain

L’actualité provoque parfois des entrechoquements inattendus et ces deux évènements, a priori sans lien: la mort de Stéphane Hessel et la percée électorale de Beppe Grillo, sont l’occasion de réfléchir au lien entre l’indignation et la politique.

Les parcours personnels et les convictions de ces deux hommes n’ont pas grand chose à voir, mais l’un et l’autre incarnent une critique radicale du système en place.

Seulement, d’un côté, vous avez un homme qui s’est engagé par ses choix de vie, par la parole et l’écriture, Hessel, et de l’autre un leader politique qui a créé un parti pour présenter des candidats aux élections, Grillo.

Et le résultat obtenu est totalement opposé. Hessel a aiguillonné la gauche française pendant des années, son célèbre livre « Indignez-vous ! » a provoqué des débats fructueux (et je le dis d’autant plus d’autant plus volontiers que je n’ai jamais partagé aucune de ses indignations).

En Italie, l’indignation de Beppe Grillo s’est traduite par une percée électorale incroyable lors des élections législatives de dimanche et lundi dernier, mais ce succès est totalement contreproductif, puisqu’il entraine un blocage institutionnel total. Si Beppe Grillo continue à refuser toute alliance, l’Italie est ingouvernable.

- Le parti de Grillo n’est pas arrivé au Parlement par effraction. C’est le choix des électeurs.

Oui, mais ce choix est stérile. A quoi sert un parti qui veut renvoyer tous les politiques à la maison et dont le programme s’avère totalement irresponsable, en exigeant par exemple l’annulation de la dette italienne ou la réduction du temps de travail à 20 heures par semaine ?

Stéphane Hessel, lui, est toujours resté à sa place en ne confondant pas ses indignations avec un programme de gouvernement.

- Même si vous les considérez comme irresponsables, les partis populistes comme celui de Beppe Grillo progressent dans toute l’Europe.

C’est vrai, et il faut en tirer plusieurs enseignements.

  • D’abord sur l’utilité du scrutin majoritaire. Même s’ils gagnent du terrain, ces partis dont vous parlez restent minoritaires. Il est donc anormal qu’ils puissent bloquer le fonctionnement démocratique. C’est le cas en Italie parce que les parlementaires sont élus à la proportionnelle. Ce n’est pas le cas en France, où le scrutin majoritaire, comme son nom l’indique, permet de dégager des majorités, et c’est tant mieux.

  • Deuxième enseignement : les partis de gouvernement doivent entendre le message protestataire de ces mouvements populistes. En France, c’est valable pour le PS avec le Front de gauche comme pour l’UMP avec le FN.

Pour la droite, il n’est pas question de faire des alliances, encore moins un programme commun, mais d’écouter ce que disent les électeurs du FN Pour éviter que Marine Le Pen ne se pose en arbitre de notre vie politique, comme Grillo le fait en Italie.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.