Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

david cameron propose un référendum sur le maintien dans l'ue
david cameron propose un référendum sur le maintien dans l'ue © reuters

C’est parce qu’il faut lire entre les lignes de l’actualité ! Ce n’est pas parce qu’on parle moins des dettes de la Grèce, de l’Espagne ou de la France qu’on est sorti de la nasse. En deux semaines, trois événements ont illustré la crise identitaire européenne. Une crise qu’on peut résumer ainsi : on sait d’où l’on vient, mais on ne sait pas où aller. Ces trois événements, c’est le cinquantième anniversaire de l’amitié franco-allemande, l’entrée en guerre de la France au Mali et le discours de David Cameron sur l’avenir de la Grande-Bretagne dans l’UE. L’amitié franco-allemande, d’abord, ressemble de plus en plus à ces comptines qu’on répète chaque soir aux enfants pour les endormir. Ca berce, mais ça tourne en rond. Il y a l’équation personnelle compliquée entre Hollande et Merkel. Mais surtout, on sent bien que ces deux grands pays ont des priorités divergentes, alors qu’ils sont condamnés à s’entendre pour que l’Europe avance. La France engagée seule au Mali, c’est l’illustration d’une évidence : il n’y a pas d’Europe de la défense. Malgré la pression de la crise, on ne mutualise toujours pas les forces militaires, car elles restent pour les anciennes puissances coloniales le premier attribut de leur influence dans le monde. Et puis, à quoi sert une défense commune s’il n’y a pas d’union politique, de pouvoir fédéral ? Ce qui nous amène directement au troisième événement : le discours de David Cameron.

- Un discours qui a beaucoup été commenté, puisqu’il ressemble à une esquisse de sortie britannique de l’UE.

Oui, il en ouvre la possibilité. En bon libéral anglo-saxon, le premier ministre britannique veut une Europe « plus compétitive » et « plus flexible ». Il s'est engagé à négocier un nouvel accord avec l'UE et à le soumettre au référendum avant la fin 2017, à condition que les conservateurs gagnent les élections en 2015. Ce n’est pas l’idée d’un référendum qui est choquante. Au contraire, tout le monde sait que l’UE doit être revitalisée sur le plan démocratique. Mais il y a quelque chose d’hypocrite, d’irresponsable même dans la démarche de Cameron. Il ne dit pas que l’Europe est bonne ou mauvaise pour son pays. Il dit : on va changer l’équation entre Londres et Bruxelles pour être encore plus avantagé. Or cette idée qu’un pays membre, quel que soit son importance, puisse approcher l’UE comme un buffet, en écartant certains plats et en se goinfrant d’autres, est insupportable. L’Europe ne repose pas sur le chantage, mais sur le compromis. Elle n’a pas été construite avec des pistolets sur la tempe, mais avec des seaux de transpiration, au bout de négociations laborieuses. Tout ce qui intéresse Cameron, c’est le marché libre, le commerce. Pas les politiques communes. Mais heureusement, sa provocation rend service à l’Europe. Elle va nous obliger à affronter, enfin, la question de notre destin politique commun.

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