Par Anna Cabana, Grand reporter au magazine Le Point

Le bras de fer polémique d'Arnaud Montebourg avec Mittal place le ministre du Redressement productif sous le feu des projecteurs.

C’est son « momentum », c’est à dire le moment de bascule. Vers le meilleur ou vers le pire… Hier, il a fait comme si c’était le meilleur, en se félicitant à l’Assemblée nationale, de cette « sorte d'unité nationale qui se construit progressivement » , a-t-il dit, autour de son projet de nationalisation temporaire du site de Florange. Grisé par le soutien de gens de droite comme Henri Guaino et Thierry Breton, ou par le renfort, à gauche, de son meilleur ennemi, Pierre Moscovici. Montebourg aimerait oublier que la veille, lundi, il a frôlé, non pas le meilleur, mais le pire, avec sa phrase outrancière parue dans « Les Echos » : « Nous ne voulons plus de Mittal en France parce qu'ils n'ont pas respecté la France. » Je peux vous dire qu’il a regretté d’avoir déclaré ça.

- Regretter, vraiment ? Ce n’est pas son genre…

A l’Elysée, on s’est chargé de lui signifier que c’était le propos de trop, la déclaration extravagante et injurieuse susceptible de disqualifier l’ensemble de sa stratégie industrielle. Et susceptible de parasiter dangereusement le rendez-vous Hollande-Mittal prévu le lendemain. Non seulement Montebourg a rétropédalé devant la presse en marge de sa visite de l’usine Duralex mais il s’est senti obligé de tweeter un mea culpa en forme de mise au point : « Je tiens à indiquer que la présence industrielle de Mittal en France n’est pas en cause » , avant de poster un autre tweet auto-justificateur: « Ce sont les méthodes de Mittal, les menaces proférées à l’encontre des 20 000 salariés vendredi qui ne sont pas acceptables. » Il a compris qu’il était allé trop loin, et il a tenté d’éteindre le feu avant l’embrasement, et avant la rencontre Hollande-Mittal.

- Est-ce que Hollande a déjugé Montebourg ?

Notre président n’est pas homme à agir frontalement. Mais ses proches ont renvoyé Montebourg à ses foucades. C’est tout sauf un hasard si le député Olivier Faure, secrétaire national à la communication du PS, a déclaré sur les ondes : « Chacun sait qu'Arnaud Montebourg a parfois des paroles qui peuvent excéder sa pensée. » Le chef de l’Etat le sait mieux que personne - il n’a pas oublié que Montebourg est celui qui affirma en souriant sur un plateau télé, pendant la campagne de 2007 : « Ségolène Royal n’a qu’un seul défaut, c’est son compagnon. » Hollande n’est pas un affectif : il utilisera « le sans culotte » de son gouvernement – selon l’expression du maire de Londres Boris Johnson - tant qu’il lui sera utile. Sur l’affaire Mittal, le ministre du Redressement productif n’a pas exactement été utile au président… Hier soir, Hollande n’a rien obtenu de l’industriel indien. La politique d’intimidation de Montebourg a échoué. S’ils doivent effectivement nationaliser Mittal, Hollande et son ministre vont être bien embêtés… !

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