Par Piotr Smolar, journaliste au quotidienLe Monde

le ps prône un affrontement démocratique avec l'allemagne
le ps prône un affrontement démocratique avec l'allemagne © reuters

L'Allemagne divise la gauche française ; le psychodrame a frappé les socialistes pendant tout le week-end. Cette affaire n’est pas une « tempête dans un verre d’eau », comme l’a écrit Claude Bartolone. Il faut prendre au sérieux ce qui s’est passé depuis la publication du texte du PS sur l’Europe. Les propos contre Angela Merkel et son « intransigeance égoïste » n’étaient pas une maladresse d’écriture. Ils traduisent la crise identitaire du PS.

Convertie sur le tard à la social démocratie, la gauche de gouvernement se sent enfermée dans une politique gestionnaire qui ne produit aucun effet. Pour la première fois sous la Vème République, les socialistes ont tous les pouvoirs, mais ils patinent. Du coup, ils se divisent et certains se laissent aller à un penchant médiocre : ils rejettent sur Angela Merkel la responsabilité de l’austérité. Les 3,2 millions de chômeurs, c’est elle. La récession, c’est elle. La dette de 1800 milliards, c’est elle.

Il n’est pas question de sacraliser le couple franco-allemand. Le débat est le bienvenu, vue la gravité de la crise sur le continent. C’est vrai qu’Angela Merkel avance dans son couloir, comme on dit en athlétisme, convaincue que la seule solution pour les pays du sud malade est une cure ultra-sévère d’amaigrissement. Les prochaines élections législatives dans son pays ne risquent pas de la faire changer d’avis. Les Allemands en ont marre de traîner l’Europe du sud comme un boulet, ils ont l’impression de payer pour les autres. Du coup, le sentiment anti-allemand monte en Europe, autant que l’irritation anti-européenne en Allemagne. - Donc finalement, les socialistes ont selon vous raison de poser la question du rapport de force. Pas comme ça. Pas cette envolée manichéenne, alors que l’Europe n’avance qu’avec des compromis. Le courage n’est pas dans l’affrontement verbal, mais dans la lucidité. Qu’avons-nous à dire à nos partenaires européens, en dehors du mantra creux de la relance et les piques contre l’austérité ? Quelles pistes pour une intégration financière, des politiques communes ambitieuses, une nouvelle légitimité démocratique ?

J’étais il y a dix jours en Slovaquie, à une grande conférence rassemblant politiciens et experts d’Europe centrale. Voici la vérité. Tout le monde regarde vers Berlin pour les solutions, avec un mélange d’impatience et d’envie. Et tout le monde constate l’effacement total de la France, politique et intellectuel, dans le débat européen. Cet effacement ne touche pas seulement l’exécutif, mais toutes nos élites. Regardez donc l’UMP, focalisé sur les questions identitaires pour faire la course au FN.

En plus, les dirigeants de l’Europe du nord, les plus vertueux sur le plan budgétaire, sont très inquiets en voyant que la France ne tiendra pas ses objectifs de réduction des déficits. On peut discuter de la pertinence des fameux 3%, mais le problème est ailleurs. Ca fait 20 ans que les gouvernements français se disent pro-européens, et ça fait 20 ans qu’ils refusent d’en assumer les conséquences. La parole de la France est démonétisée. C’est pour cela aussi que Berlin occupe une place si centrale, si pesante, dans l’Union européenne.

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