Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaire Le Point

François Hollande et Angela Merkel
François Hollande et Angela Merkel © REUTERS/Johannes Eisele

François Hollande recevra demain Angela Merkel. Hier, c’était Michel Sapin qui cherchait des solutions avec son homologue allemande pour en finir avec le chômage des jeunes. Décidemment les Français et les Allemands ne se quittent plus…

C’est vraiment une drôle d’histoire qui se déroule sous nos yeux entre François Hollande et Angela Merkel. Il y a trois semaines, le PS s’apprêtait à pondre un drôle texte. Une sorte de déclaration de guerre pas très finaude destinée à nos amis Allemands qui ne comprennent décidemment rien à l’économie. Et dont la politique de rigueur et « l'intransigeance égoïste » (je résume le propos), a jeté ces dernières années des centaines de milliers d’Européens au chômage. Mezzo voce par rapport à ses amis du PS, François Hollande évoquait, lui, je cite, une « tension amicale » avec nos voisins.

Pire, c’est David Cameron, le premier britannique qui était invité à passer le week-end en Allemagne. Et pas François Hollande. Mais, voilà… Les histoires de couples sont parfois compliquées. Et aujourd’hui, François et Angela se sont rabibochés. Ca y est : non seulement, ils se parlent de nouveau, mais demain, jeudi, ils vont voir ensemble une expo au Louvre, doivent parler de compétitivité en Europe avant de diner ensemble…François et Angela sont à nouveau main dans la main.

- C’est-à-dire ?

Hollande et les siens ont compris qu’ils n’arriveraient à rien en s’affrontant à l’Allemagne. Il y a quinze jours, comme pour se faire pardonner, Hollande a proposé un deal aux Allemands : repensons l’Europe ensemble !

Proposons à nos partenaires une feuille de route commune pour sortir de la crise. Lui qui se rêvait peut-être en sauveur de l’Europe du sud il y a encore quelques mois, a compris qu’il ne pourrait rien faire sans Berlin. Le problème, c’est qu’en changeant de pied, Hollande est obligé de tenir un double discours.

  • Lequel ?

Aux Français, il dit : « rassurez-vous, je fais le job et les réformes. Mais je ferai tout ça à petits pas et sans brusquer le système ». Il est socialiste dit-il. Et surtout pas du tout social-démocrate. Mais lorsqu’il est de l’autre côté du Rhin, il tient un tout autre discours. Tenez, il y a quelques jours, il était au congrès du SPD, le grand parti allemand de centre gauche. Et qu’a-t-il fait ? L’éloge de la flexibilisation du marché du travail allemand.

Il a rendu un vibrant hommage aux fameuses réformes Schroeder qui ont donné un coup de fouet aux exportations allemandes, certes, mais aussi aggravé la pauvreté.

Je cite François Hollande version allemande : « le progrès, dit-il, c'est de faire dans les moments difficiles des choix courageux pour préserver l'emploi, pour anticiper les mutations industrielles et c'est ce qu'a fait Gerhard Schröder ici en Allemagne et qui permet à votre pays d'être en avance sur d'autres ».

Ces décisions ne sont pas faciles à prendre mais rien ne se construit, rien de solide ne se bâtit en ignorant le réel ».

Et ça, il ne l’aurait jamais dit en France. Et que ni les Français, ni les Allemands ne seront dupes très longtemps de ce double langage finalement pas si clair que ça. A moins qu’une petite dose d’ambiguïté, ce soit le secret des couples qui durent… Mais ça, c’est une autre histoire.

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