Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine

A propos de la crise à l’ UMP : on a entrevu un vrai-faux retour de Nicolas Sarkozy.

Oui, vous vous souvenez que mardi après-midi, avant-hier donc, Nicolas Sarkozy avait convaincu les frères ennemis Jean-François Copé et François Fillon d’organiser un référendum auprès des militants UMP pour décider d’un éventuel nouveau vote. Les deux hommes étaient d’accord.

Et puis hier matin, patatras, Jean-François Copé explique qu’il refuse finalement cette idée de référendum. La médiation Sarkozy avait échoué.

- Pourquoi ? Que s’est-il passé ?

Jean-François Copé a changé d’avis pendant la nuit. Officiellement parce que les conditions qu’il avait fixées à François Fillon n’étaient pas toutes respectées car ce dernier a bien constitué son groupe parlementaire, auquel Jean-François Copé lui avait demandé de renoncer. En vérité, Jean-François Copé a surtout eu peur que ce référendum ne remette en cause sa conquête de la présidence du parti. D’où son virage sur l’aile pour refuser finalement ce référendum. Mais voilà, il n’en a pas prévenu Nicolas Sarkozy, qui l’a appris hier matin par la radio et qui en a conçu une très très grosse colère.

- Et pour cause : sa tentative de médiation a échoué.

C’est vrai, puisque la crise est repartie plus belle à l’UMP, Copé et Fillon campant plus que jamais sur leurs positions. Pour Nicolas Sarkozy, c’est un échec. Pour la première fois depuis son échec aux présidentielles il reprenait une initiative purement politique et il n’a pas été obéi par deux hommes qui étaient pourtant les deux piliers de sa majorité quand il était président. Il est donc tentant de parler de retour raté.

Mais je pense que l’histoire n’est pas encore complètement écrite. D’abord parce que Nicolas Sarkozy n’est pas du genre à lâcher prise quand une situation lui résiste.

Ensuite parce que l’arme dont il s’était servie pour essayer de faire entendre raison à ses deux lieutenants reste chargée. Il les avait menacés de diffuser un communiqué pour dire qu’il avait « honte « de son ancien parti, et pour condamner ceux, sous entendu Copé et Fillon, qui, « font passer leur ego avant l’intérêt de leur pays ».

Ce communiqué, Nicolas Sarkozy ne l’a toujours pas publié, mais ses effets seraient dévastateurs pour Fillon et Copé, qui seraient totalement discrédités.

- Mais alors, pourquoi Nicolas Sarkozy ne met-il pas sa menace à exécution ?

Parce qu’il espère encore gagner sur tous les tableaux en même temps, c’est à dire sauver l’UMP de l’implosion, reprendre le leadership sur le parti, mais sans replonger pour autant dans la politique politicienne.

Mais s’il condamne publiquement la situation à l’UMP, il perd son statut, et son aura, d’ancien président qui se place au dessus des contingences partisanes. Ses proches lui disent qu’il est trop tôt pour rentrer dans la mêlée, mais lui enrage de voir l’UMP se détruire sous ses yeux.

Depuis deux jours, Nicolas Sarkozy est touché à son tour par le séisme qui secoue la droite française. A mon avis, il ne restera pas longtemps sans réagir.

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