Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

A l’approche de l’élection présidentielle américaine, penchons-nous sur les soutiens français de Barack Obama.

A commencer par Jean-Marc Ayrault. Le Premier Ministre a dit que s’il avait été américain, il aurait voté Obama sans hésiter. Ca, c’est une atteinte à la réserve diplomatique d’usage. Si Mitt Romney l’emporte, François Hollande aura l’air fin lors de leur première rencontre bilatérale ! Cela dit, pourquoi s’autorise-t-on cet écart à propos de la présidentielle américaine ? Parce que c’est l’élection la plus médiatisée du monde, qu’on se sent concerné par son issue. Et puis, il y a le facteur Obama. Non, Jean-Marc Ayrault, vous n’êtes pas tout seul ! Fin juillet 2008, un certain Nicolas Sarkozy avait reçu le sénateur Obama à l’Elysée, trois mois avant son élection, et il avait eu du mal à cacher son enthousiasme. Bien sûr, le romantisme qui accompagnait Obama en 2008 a vécu. La rock star a les tempes grises et le front ridé. C’est un président au pouvoir limité, en raison d’un Congrès hostile. Un président qui a renié sa parole en ne fermant pas Guantanamo. Un président, enfin, qui a manqué une chance historique, début 2009 : celle de policer le système financier. Malgré cela, Obama reste un homme intellectuellement brillant, pragmatique, qui incarne ce qu’on aime tant chez les Américains : l’idée que tout est possible, même un président noir. Il nous renvoie cruellement à nos propres conservatismes, à cette élite politique française si masculine, si âgée et si blanche. - A part la question de la diversité, le parallèle entre les Etats-Unis et la France est aussi instructif sur d’autres points. Nous avons une prétention historique commune. Nous croyons que notre voix est universelle, que nous avons une mission civilisatrice, en matière de droits de l’Homme. Sauf que cette mission est en berne. La France est plongée dans la récession comme le reste de l’Europe. Les Etats-Unis eux, ruinés par les guerres en Afghanistan et en Irak, ont un banquier chinois. Et pendant ce temps, de nouvelles puissances veulent une meilleure place à la table du monde, sans rendre de comptes. Le deuxième point commun entre la France et les Etats-Unis, c’est leur dépression démocratique, avec des symptômes différents. Aux Etats-Unis, la guerre entre le président et le Congrès a transformé Washington en marais. Le poids de l’argent privé dans les campagnes y est tel que la politique ressemble plus à la promotion d’intérêts privés qu’à la défense du bien commun. En France, on reste loin de la violence des médias américains et de la polarisation entre Républicains et Démocrates. Notre problème, c’est le menu unique, entre la gauche de la droite. D’où notre goût pour le mythe Obama. On continue de croire que les grands hommes font l’histoire. Ce mythe-là est un pilier de notre récit national. Alors, yes we can again !

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