Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine

Jean-Marc Ayrault
Jean-Marc Ayrault © Parti socialiste

A pr opos de l'université d’été du Medef, vous parlez d'opération séduction du gouvernement en direction du patronat, mais vous ne croyez pas à la sincérité de cette démarche. Pourquoi ?

Que le gouvernement essaie de recoller les morceaux avec les patrons c’est certain. Et il était temps : les attaques violentes d’Arnaud Montebourg contre la famille Peugeot cet été, le projet de loi visant à entraver les fermetures d’usine, l’augmentation des impôts sur les revenus du capital, (qui tiennent souvent lieu de salaires aux entrepreneurs), tout cela commençait à installer un climat très très lourd entre le pouvoir et le Medef.

L’un des patrons les plus puissants du monde, Paul Polman, le PDG hollandais de la multinationale Unilever, le disait clairement la semaine dernière dans une interview au Figaro : les groupes internationaux hésitent désormais à investir en France. Bref, il y avait urgence à recoller les morceaux. Mais, à mon avis, tout cela est purement cosmétique.

- C'est-à-dire ?

Je ne sais plus qui a dit « il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ».

Les chefs d’entreprise ne demandent pas de sourires, ils demandent une baisse de leurs charges pour reconstituer leurs marges (qui sont au plus bas depuis 25 ans) et de la flexibilité, sur la durée du travail comme sur les salaires.

Et cela, François Hollande ne leur donnera pas, d’abord pour ne pas être accusé par ses électeurs de faire des « cadeaux au patronat », mais surtout parce qu’il ne croit pas au discours du Medef sur la nécessité de baisser les charges et d’installer la flexibilité.

Les socialistes au pouvoir sont des socio-démocrates ; ce sont des experts en redistribution mais le monde de la production leur est inconnu.

Le problème, c’est que seul le secteur productif, c’est-à-dire les entreprises, créent de la richesse et des emplois. Si le gouvernement ne donne pas d’oxygène aux entreprises, ou des « cadeaux aux patrons » pour parler comme Bernard Thibault, le chômage continuera à augmenter et l’activité ne repartira pas. Pour mémoire, cela fait neuf mois consécutifs que la croissance française est à zéro…

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