Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaire Le Point

C'est dans la station de ski suisse de Davos, placée sous haute sécurité, que se retrouvent chaque année pendant quelques jours banquiers, ministres, chefs d’entreprise des quatre coins du monde pour discuter de la marche du globe.

L’édition 2013 du Forum de Davos s’est tenue le week-end dernier. Et une fois de plus, ce club très sélect a rassemblé tous les grands de ce monde.

Je vous en cite quelques uns : David Cameron, Angela Merkel, Mario Draghi et même l’actrice Charlize Theron, la guest-star de l’année.

Quoi qu’en pensent les complotistes, il faut faire un sort à une idée reçue : Davos n’est en rien un gouvernement mondial où les puissants profiteraient de leurs retrouvailles annuelles pour décider de tas de choses dans le dos des peuples.

Davos, c’est en réalité une sorte de colloque pour super VIP de l’économie. Ils papotent, ils ouvrent leur cœur. Cette année, l’état d’esprit de ceux qui dirigent gouvernements et grandes banques d’affaires mérite que l’on s’y arrête. Car Davos 2013, c’était champagne ! L’an passé, tout le monde dissertait sur le «burn-out» de l’économie mondiale. C’était au moment même où la France perdait son triple A. Mais cette année, rien de tout cela. Les bourses s’envolent, les banquiers relèvent la tête, les bonus flambent. Le message se résumait à trois mots : que la fête continue !

- Un peu d’optimisme ne peut pas faire de mal à l’économie...

Quelques Cassandres ont tout de même expliqué que l’économie restait fragile, que rien de sérieux n’avait été réglé depuis la crise pour réguler les marchés et que des bulles spéculatives menaçaient… Mais dans les principales conversations et les interventions les plus suivies, de quoi pensez vous que tout ce petit monde a parlé ? Des 26% de chômeurs espagnols, soit 6 millions de chômeurs ? Des plans d’austérité en Grèce ou ailleurs ? Non, non, tout ça c’est du passé ! L’ambiance générale, c’était « on est en train de sortir de la crise ». Et il faut en profiter…

  • Profiter de la crise, c'est-à-dire?

C’est Christine Lagarde, la patronne du FMI, qui le dit. Je cite «il faut tirer avantage de cette crise pour faire des réformes structurelles ». En clair : pendant que la crise est là, c’est le bon moment pour libérer l’économie de tous ses blocages, normes et autres lourdeurs. « Profiter de la crise », donc. Celui qui a le mieux exprimé cet étonnant paradoxe, c’est Angel Guria, le patron de l’OCDE, cette organisation dont le but est de favoriser le libre-échange. Il n’a pas fait dans la dentelle : ces dernières années, dit-il, « on a trop parlé de la crise. Et pas assez de productivité, de compétitivité et d'innovation ». « On a trop parlé de la crise ». Oui, oui, vous avez bien entendu. Des propos qui ont été acclamés par l’auditoire.

Je vous rassure, personne ne s’est mal comporté lors du gala de fin de week-end, en tenue de cocktail, s’il vous plait. Ah, une anecdote tout de même qui ne manque pas d’ironie. L’invitation à ce cocktail proposait une «Soirée on the Magic Mountain ». Magic mountain… La montagne magique. Vous savez, celle qui monte très haut. Et qui descend à pic, comme les indices boursiers. C’était peut être un petit clin d’œil pour annoncer les festivités de l’an prochain…

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