Par Benjamin Sportouch, journaliste au magazine L'Express

François Hollande se retrouve confronté à ce qui semble être le sort de tous les présidents qui se succèdent : l'isolement.

François Hollande se sent bien seul en son Palais. En juillet, à peine deux mois après son élection, il s'est plaint à un proche, je le cite, de ne plus « voir personne ». L'agenda d'un chef de l'Etat n’est en rien comparable à celui d'un candidat en campagne : il n'y a plus de place pour l'improvisation alors que jusqu'au 6 mai, François Hollande en était gourmand. Ses responsabilités lui ont fait perdre en liberté. Son agenda est surchargé de figures imposées. François Hollande aime décider seul, mais comme le disait le poète Joseph Roux et en bon corrézien il ne peut avoir complètement tort : « la solitude vivifie, l'isolement tue ».

- D’ailleurs quelques proches de Hollande s'en inquiètent;

Oui, les « Hollandais historiques » comme on les appelle, ceux qui étaient à ses côtés quand personne ne lui prédisait un destin présidentiel, lui ont fait passer le message. En un mot : on veut te voir. Certains sont ministres, d'autres députés ou sénateurs.

Autres victimes collatérales : de jeunes parlementaires élus pour la première fois en juin dernier, qui ne connaissent pas ou peu le Président. Beaucoup plaident pour qu'ils rencontrent enfin le Président.

  • Pourquoi ne les voit-il pas ? Est-ce juste une question de manque de temps ?

Non, François Hollande s'est piégé lui-même. Rappelez-vous le soir du débat d'entre deux tours. Dans sa célèbre anaphore « moi président », il affirmait qu'il ne serait pas « le chef de la majorité et qu'il ne recevrait donc pas les parlementaires à l'Elysée». Une manière de se distinguer de Nicolas Sarkozy qui invitait très régulièrement tous les parlementaires de l'UMP. Aujourd'hui, l'entourage du Président s'arrache les cheveux pour tenter de contourner cet engagement sans le trahir. Même des déjeuners d’une vingtaine d’élus autour du chef de l'Etat pourraient être perçus comme une entorse à cette promesse de campagne.

  • François Hollande ne rencontre pas non plus beaucoup de Français…

En effet. C'était aussi l'un des « moi je » du 2 mai : François Hollande rappelait « son souci de la proximité ». Mais depuis son élection, il n'a pas vu beaucoup de « vrais gens ». Certes l'un de ses fidèles Bernard Poignant, le maire de Quimper, lui adresse régulièrement des « notes d'ambiance » comme on les appelle. Mais tout cela est bien maigre comparé à un contact régulier et direct avec des acteurs de la société. Les déplacements en province en sont l'une des portes d'accès. François Hollande en a peu fait depuis son arrivée. C'est pourtant l'une des clés de sa victoire. Il aurait donc tout intérêt à renouer avec le terrain. Et pourquoi pas sur un temps long, puisqu'il veut en faire sa marque de fabrique. Un contraste au regard du fracas médiatique. Non pas quelques heures, comme le faisait Nicolas Sarkozy, mais deux jours au minimum pour tenter de sonder une ville, une région, un bassin industriel. Mais dans le cas contraire, il risque très vite de se déconnecter du réel et de s'éloigner définitivement des Français.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.