Par Piotr Smolar, journaliste au Monde

C’est avec soulagement que l’Union européenne a achevé l’année 2012. Les marchés semblent lui donner du répit. Mais que nous réserve 2013 ?

L’année 2013 en Europe sera celle de l’Allemagne, pour le meilleur ou pour le pire.

1) parce qu’il y aura des élections législatives en septembre prochain;

2) parce que dans l’UE, la règle est simple. Chaque Etat-membre compte, mais à la fin, la voix allemande est déterminante. C’est le privilège du banquier.

Vous me direz : ce n’est pas nouveau. Depuis que la crise des dettes souveraines a éclaté en Europe, les regards se tournent systématiquement vers Berlin. La Grande-Bretagne n’est pas dans la zone euro, la France est affaiblie par sa dette publique énorme. Reste l’Allemagne vertueuse, l’Allemagne rigoureuse, l’Allemagne défendant l’austérité jusqu’au dogmatisme. Or on a bien vu, en 2012, que les coupes franches dans les dépenses publiques ont coïncidé avec la récession et un chômage en nette hausse. Du coup, les exportations allemandes sont aussi menacées. Et pendant ce temps, les peuples grondent, notamment ceux du sud.

- Oui mais le sentiment d’urgence semble avoir disparu, chez les dirigeants européens...

C’est vrai. On assiste hélas au concert des égoïsmes nationaux. L’Allemagne refuse toute mutualisation des dettes en Europe avant ses élections. Mais elle sait que l’austérité pure peut conduire le continent à la catastrophe. Du coup, Berlin reste sur une position assez hypocrite : très pro-européenne dans les discours, conservatrice dans les actes. On l’a vu lors des discussions laborieuses sur le budget européen, puis sur la supervision bancaire dans la zone euro.

Angela Merkel a 80% de popularité en Allemagne, mais elle est en même temps la dirigeante sans doute la plus haïe du continent. L’un est lié à l’autre. Elle a su défendre de façon acharnée les intérêts de son pays dans la crise de l’euro, refusant que Berlin paie pour les cancres du sud.

Ne l’oublions pas : Angela Merkel vient d’Allemagne de l’Est. Intellectuellement, émotionnellement, elle est différente des dirigeants allemands qui ont façonné l’Europe dans l’après-guerre. Ceux-ci croyaient dans une espèce de rédemption nationale au travers de ce projet collectif, symbole de paix.

Angela Merkel, elle, croit dans la science, dans la technique, et pas dans la testostérone et l’emphase. Son approche dépassionnée de l’Europe est marquée par une forme de pessimisme : il s’agit d’empêcher une catastrophe de se produire, plutôt que de construire le futur, au nom d’une vision. Cela ne signifie pas du tout qu’elle reste immobile. Elle négocie durement, elle fait des compromis. Mais elle ne déclenchera jamais l’hymne à la joie. Or une évidence va s’imposer : pour relancer l’Europe, il faut la revitaliser, au travers d’un référendum sur une nouvelle constitution.

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