Par Etienne Gernelle, directeur de la rédaction du magazine Le Point

Jean-Marc Ayrault, est un « hollandoscope », le meilleur moyen de sonder la pensée de François Hollande.

Rien de tel qu’un bon gaffeur pour savoir ce qui se passe derrière les hauts murs de l’Elysée. La dernière bourde du Premier ministre est plus qu’intrigante. C’était dans l’interview du Parisien d’hier, Ayrault a répondu un stupéfiant « pourquoi pas ? » à une question sur le retour aux 39 heures.

Et boum, c’était parti… Allez-vous-en sortir après une gaffe pareille ! Mais ce qui est intéressant, c’est : pourquoi a-t-il dit cela ? Et si Ayrault n’avait fait que dire en public ce que le Président de la République dit en privé ?

On sait que Hollande n’a jamais été un grand défenseur des 35 heures. Il avait même esquissé une critique en public lors du premier débat des primaires PS face à Martine Aubry. De manière un peu détournée, mais tout de même. De là à penser que Jean-Marc Ayrault n’a fait que traduire la pensée du Président…

- Hollande ne va quand même pas s’attaquer aux 35 heures ?

Non, loin de là, en tout cas pas de manière frontale. D’ailleurs, ce n'est pas son genre, et puis le rétropédalage a été brutal. C’est difficile, de toucher aux 35 heures. La droite, qui en a dit tant de mal, ne les a pas supprimées en 10 ans de pouvoir. Pour un président de gauche, c’est encore plus dur.

Mais en tout cas, c’est peut-être le signe, pour reprendre l’expression de Ayrault, c’est que ce n’est plus complètement un « tabou » dans l'équipe de Hollande.

On peut en tout cas donner du crédit à cette hypothèse, car il y a des précédents. La TVA, par exemple. Le 20 septembre, Ayrault avait laissé échapper quelques mots sur la TVA, pour compenser une baisse des charges. C’était d’ailleurs dans le Point .

Le scénario a ensuite été identique : scandale, puis rétropédalage. Mais on peut aujourd’hui le constater, la TVA, bête noire de la gauche, n’est plus un sujet inabordable. Il divise, mais n’est plus interdit.

- Ayrault est-il incapable de tenir sa langue ?

C’est difficile de contrôler sa parole quand on vit sous une telle tension. Premier ministre, c’est dur, mais sous Hollande, cela ressemble certains jours à un exercice d’équilibriste.

Le Président hésite, teste, avance, recule, laisse ses ministres pousser leurs idées avant de sonner la fin de la récré, parfois brutalement… Cela secoue énormément. Et qui absorbe les chocs ? Jean-Marc Ayrault.

Hier, juste après les 35 heures, le Premier ministre a dû gérer un autre couac, sur la redevance audiovisuelle. Pas étonnant, dans cette ambiance de corrida, qu’il parle parfois un peu vite et se transforme en "hollandoscope".

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