Thierry Lhermitte est l'un des ambassadeurs très investi de la Fondation pour la Recherche Médicale, la FRM. Il visite régulièrement des laboratoires de recherche. Il est allé à l'Institut Cochin rencontrer des chercheurs qui travaillent sur l'endométriose.

Endométrriose, la piste génétique
Endométrriose, la piste génétique © Getty

Thierry Lhermitte a rencontré Carole Abo, qui est gynécologue obstétricienne et dont le projet de thèse est soutenu par la FRM, le professeur Bruno Borghèse, chirurgien gynécologue, et le docteur Daniel Vaiman, directeur de recherche, qui supervisent tous les deux ces travaux. Avec sa thèse, Carole Abo cherche à identifier les anomalies génétiques en cause dans l'endométriose. 

En quelques mots, qu'est ce que l'endométriose? 

C'est une maladie gynécologique fréquente qui concerne environ 10 à 15 pour cent des femmes, environ parce que les chiffres concernant cette maladie ne sont pas très fiables. En effet, les chercheurs ne l'étudie que depuis une quinzaine d'années. Elle touche l'endomètre, l'endomètre. Le tissu qui tapisse la paroi interne de l'utérus en grec endo ça veut dire "intérieur" et metrium, la "mère" et elle est caractérisée par la présence anormale de tissu de l'endomètre à l'extérieur de l'utérus. Par exemple, au niveau de la vessie, des ovaires, du vagin ou du rectum. Elle débute le plus souvent à l'adolescence et disparaît en général à la ménopause. 

Certaines femmes n'ont aucun symptôme, tandis que d'autres d'autres ont des douleurs pelviennes insupportables, notamment au moment des règles. D'ailleurs, près d'un quart des femmes avec des douleurs pendant les règles souffrent d'endométriose. Et c'est parfois dans le cadre d'une consultation pour infertilité que la maladie est découverte. En gros, 30 à 50 pour cent des femmes infertiles ont une endométriose. Certaines patientes ont également des troubles digestifs et/ou urinaires et il n'existe aucune corrélation entre l'étendue des lésions et l'intensité des symptômes. 

La diversité des symptômes, ajoutée au fait que les médecins ne sont pas encore suffisamment sensibilisées à la maladie, aboutit à un retard de diagnostic considérable.

Pourquoi des cellules de l'endomètre se retrouvent en dehors de l'utérus et envahissent d'autres organes ?

Plusieurs hypothèses ont été émises et c'est une hypothèse assez ancienne celle de John Sampson en 1921, qui semble la plus probable. Il suggère qu'un reflux de sang au moment des règles serait à l'origine de l'endométriose. En effet, le sang reflué par les trompes dans la partie basse du ventre, ça s'appelle le cul de sac de Douglas, contiennent des cellules de l'endomètre. Ces cellules se retrouveraient alors en dehors de l'utérus et coloniseraient chez certaines femmes seulement, d'autres organes, comme les ovaires, la vessie et parfois même la paroi du tube digestif. 

La seule manière de diagnostiquer une endométriose, c'est de pratiquer une échographie ou une IRM, mais on ne sait pas la guérir. Comment est elle pris en charge?

On peut bloquer les règles grâce à des traitements hormonaux pour éviter les douleurs. Et si les douleurs persistent, on peut retirer les lésions par chirurgie. Mais les conséquences peuvent être lourdes, notamment si il y a une atteinte digestive. Pour ne pas abîmer les ovaires et ne pas affecter la fertilité des femmes, les chirurgiens décident parfois de laisser en place certaines lésions ovariennes. 

On sait que la génétique joue un rôle important dans l'apparition de la maladie. Mais on connaît assez mal les gènes en cause. D'où le premier volet du projet de test de Carole Abo

On estime que chez une femme avec une endométriose, les causes de la maladie sont pour moitié génétique. Et une femme qui a une mère ou une sœur atteinte a un risque cinq à six fois plus élevé d'être touchée comparé à la population générale. C'est pourquoi Carole Abo cherche les gènes impliqués dans la maladie. Elle étudie pour cela dix familles dans lesquelles plusieurs femmes sont touchées par une endométriose sévère, avec des caractéristiques bien spécifiques et chez lesquelles il existe probablement une anomalie génétique majeure. Elle a réalisé des prélèvements de sang et de salive pour rechercher les mutations génétiques en cause. 

A terme, cette étude permettra d'identifier les femmes à risque dans les familles dans lesquelles sont regroupés plusieurs cas. Et elle aidera aussi à mieux comprendre la génétique de cette maladie dans la population générale. 

Mieux comprendre la maladie pour mieux la traiter, c'est le deuxième volet du projet de thèse de Carole Abo.

Mieux comprendre, la maladie ne passera pas que par la génétique. Carole Abo suit la piste d'une protéine qui est le récepteur à la LH, l'hormone luténeisante, une hormone qui régule notamment la production des œstrogènes par les ovaires. La production de cette protéine est multipliée par trois en moyenne au niveau des lésions des patientes. Conséquence on observe une surproduction d'œstrogènes qui aboutit à une hyper prolifération des cellules au niveau des lésions. Mais chez certaines patientes, la production de cette protéine dans les lesions n'est pas simplement multipliée par 3, mais par 1000, voire par 4000, ce qui suggère des différences entre les patientes au niveau du gène qui code pour cette protéine. C'est pourquoi Carole Abo a sélectionné 35 cas et va regarder s'il existe des mutations particulières dans ce gène chez les patientes où la protéine est très fortement surexprimée. Cela pourrait peut être expliquer pourquoi le traitement hormonal fonctionne chez certaines patientes et pas chez d'autres.  

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.