Thierry Lhermitte a récemment visité, pour la FRM, le laboratoire de Nathalie Cartier-Lacave, situé au CEA de Saclay sur le site de Fontenay aux Roses. Elle est pédiatre de formation et directrice de recherche Inserm.

Elle a consacré toute sa carrière à faire de la recherche sur des maladies graves. Tout d’abord sur des maladies pédiatriques et depuis quelques années sur la maladie d’Alzheimer.

• Les travaux menés par Nathalie Cartier au cours de sa carrière

Pendant 15 ans, elle a travaillé sur des maladies génétiques graves de l’enfant, les leucodystrophies. Ces maladies sont caractérisées par la destruction de la membrane qui entoure les fibres nerveuses, une membrane qui permet au message nerveux de se propager. Pendant toutes ses années, elle a développé une thérapie génique et elle a mené les premiers essais au monde. Aujourd’hui cette thérapie génique fonctionne et elle est actuellement en essai clinique de phase 3 (la phase finale) chez des patients.

Forte de cette expérience, Nathalie Cartier a décidé de s’attaquer à une maladie complexe : la maladie d’Alzheimer.

Son équipe développe actuellement une technique de thérapie génique extrêmement prometteuse pour réduire le cholestérol en excès dans le cerveau des patients atteints d'Alzheimer, et ainsi freiner l’évolution de la maladie.

• La maladie d’Alzheimer en bref

Qu’est-ce que la maladie d’Alzheimer ? C’est la pathologie neurodégénérative la plus répandue dans l’hexagone. 900 000 Français sont touchés par cette maladie, et 225 000 cas sont dépistés chaque année. Elle représente 60 à 70 % des cas de démences, et touche 2 à 4 % des personnes de 65 ans et plus.

La maladie d’Alzheimer se traduit par une dégénérescence progressive de certains neurones du cerveau. Elle se manifeste d’abord par une perte des capacités de mémorisation, des difficultés à enregistrer de nouvelles informations ou le contenu de conversations récentes. Puis des souvenirs plus anciens s’effacent. Ensuite l’évolution est très variable d’un patient à l’autre, mais on retrouve 3 caractéristiques : l’aphasie (difficulté à trouver ses mots), l’agnosie (incapacité à reconnaître et à nommer des objets ou des personnes familières), et l’apraxie (troubles dans l’exécution de certains gestes). S’installe alors un handicap sévère qui conduit au décès du patient. 

Aujourd’hui, il n’existe pas de traitements permettant de guérir la maladie d’Alzheimer, seulement des moyens de ralentir sa progression. Il y a eu 1400 essais thérapeutiques dans la maladie d’Alzheimer pour au final ne développer aucun traitement.

C’est pourquoi Nathalie Cartier s’est demandée ce qu’elle pouvait proposer, tester de différent par rapport aux autres équipes de recherche.

• L’axe choisi par Nathalie Cartier : la piste du cholestérol

Nathalie Cartier travaille sur la piste du cholestérol dont le métabolisme dans le cerveau est très anormal dans la maladie d’Alzheimer. Notre cholestérol cérébral n’est pas le même que le cholestérol de notre sang. Car entre les deux, il y a la barrière hémato-encéphalique, qui empêche le cholestérol de passer du sang au cerveau. Donc tout le cholestérol de notre cerveau est produit localement. Ce cholestérol est un constituant essentiel de la membrane des neurones et il joue un rôle clé dans la cognition, c‘est-à-dire la mémoire, le langage, l’apprentissage…

Les chercheurs se sont aperçus que les membranes des neurones des patients atteints de la maladie d’Alzheimer contenaient trop de cholestérol. Cela rigidifie la membrane des neurones et empêche les échanges normaux et la transmission de l’information entre eux. Ils souffrent et finissent par mourir

D’où l’hypothèse de Nathalie Cartier : permettre au cholestérol du cerveau d’être éliminé permettra de traiter la maladie d’Alzheimer.

• Les résultats obtenus par Nathalie Cartier et son équipe

Le cholestérol cérébral doit être produit en permanence pour fabriquer les membranes des neurones, et le cholestérol en excès doit pouvoir être éliminé du cerveau. Le problème c’est qu’il ne peut pas passer la barrière hémato-encéphalique : une enzyme le transforme de façon à ce qu’il puisse traverser librement cette barrière et atteindre le sang où il est ensuite pris en charge.

Les chercheurs se sont aperçus que les patients atteints d’Alzheimer ne produisaient pas suffisamment cette enzyme et donc n’éliminaient pas correctement l’excès de cholestérol. D’où l’idée de Nathalie Cartier d’apporter localement cette enzyme, dans le cerveau, par la thérapie génique.

En quoi consiste la thérapie génique ? Cette technique consiste à utiliser un vecteur, un petit virus rendu inoffensif, sorte de cheval de Troie, qui va transporter un gène médicament, ici le gène de l’enzyme qui permet d’évacuer le cholestérol en excès du cerveau.

Les chercheurs ont testé cette thérapie génique chez un modèle de souris qui reproduit des symptômes de la maladie d’Alzheimer et les résultats sont extrêmement prometteurs : ils ont réussi à freiner l’évolution de la maladie chez les rongeurs. Une injection dans le cerveau a suffi pour réduire les lésions cérébrales des animaux, à augmenter la formation de nouveaux neurones et préserver leur mémoire. Par ailleurs, ce traitement ne présente aucune toxicité chez l’animal.

Le soutien de la FRM a permis de faire toutes les étapes qui vont permettre d’aboutir à un essai thérapeutique chez des patients dans quelques années.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.