Une étude menée sur les mécanismes du délirium, un trouble neurologique sévère, pourrait déboucher sur une nouvelle approche pour les gens qui sortent de réanimation, proposant une filière de soins qui ne serait pas conçue uniquement dans l'urgence mais plutôt comme un accompagnement du patient à plus long terme.

Le délirium, état de confusion, d'altération neurologique du malade qui toucherait un nombre important de patients atteints de formes graves de Covid en réanimation
Le délirium, état de confusion, d'altération neurologique du malade qui toucherait un nombre important de patients atteints de formes graves de Covid en réanimation © Getty / SCIEPRO/SCIENCE PHOTO LIBRARY

Thierry Lhermitte, ambassadeur de la Fondation pour la recherche médicale a rencontré le professeur Stein Silva, professeur en réanimation au CHU de Toulouse et chercheur au Toulouse au Neuro Imaginary Center, spécialiste des états de conscience. Il se confie  sur ce projet de recherche financé par la Fondation pour la recherche médicale dans le cadre de l'urgence sanitaire actuelle : 

Quel rapport entre la réanimation des malades covid et les états de conscience ?

C'est le point de départ des travaux du professeur Silva. L'objet de la réanimation, c'est de sauver des patients en état critique, c'est-à-dire ceux dont les fonctions vitales sont défaillantes (le cœur, les poumons, les reins, etc). Ces patients sont souvent dans le coma à la suite d'un accident, par exemple, ou parce qu'on les a anesthésiés, entre autres pour pouvoir les entuber. C'est ce qu'on appelle souvent le coma artificiel. 

Or, au cours des dix dernières années, on a découvert que certains patients, en se réveillant, présentaient un délirium 

Qu'est-ce qu'un délirium ? 

C'est un état de confusion du malade qui montre des difficultés à s'exprimer, à porter son attention sur ce qui l'entoure, à mémoriser, à effectuer des mouvements, etc. C'est une altération des fonctions cérébrales. 

Le problème, c'est que ces patients gardent souvent ces difficultés à long terme jusqu'à 12 mois, avec un niveau de handicap important dans la vie quotidienne. 

Mais il y a un autre problème : 

Ce Délirium concerne habituellement environ 20 % des patients en réanimation, quand, dans les formes graves de covid en réanimation, cela représente plus de 50 %

Un signal d'alerte qui a motivé le projet du professeur Silva

Le projet vise à comprendre pourquoi ces patients covid graves en réanimation sont plus touchés par le Délirium, quels sont les mécanismes en cause ? 

On a appris rapidement, après le début de la pandémie, que le virus n'attaquait pas que le système respiratoire, mais avait aussi des conséquences neurologiques avec des symptômes comme le mal à la tête, la perte du goût ou de l'odorat. 

En fait, le professeur Silva va explorer trois hypothèses

  • Est-ce que le delirium est dû au virus dans le cerveau, c'est-à-dire à une infection cérébrale ? 
  • Est-ce qu'il serait dû à ce fameux orage inflammatoire dans tout l'organisme qui parviendrait à se propager en quelque sorte dans le cerveau et à endommager les cellules nerveuses ? 
  • Est-ce que le delirium serait dû aux problèmes de coagulation observés dans la maladie et qui pourrait peut-être provoquer de petits AVC ? 

Ses recherches vont être menées au sein du consortium qui associe des laboratoires de recherche en neurosciences, les hôpitaux de Toulouse et de Tours, et qui réunit de nombreuses disciplines. 

L'idée du professeur Silva, c'est de faire une première étude clinique sur 30 patients, avec l'accord de leurs proches, évidemment. Ils vont rechercher le virus dans le sang, mais aussi dans le liquide céphalorachidien, le liquide qui baigne la moelle épinière et le cerveau. Et dans ces prélèvements, ils vont aussi étudier la présence de cellules inflammatoires, les cellules immunitaires et les anticorps. 

Arrive la partie la plus originale du projet

En parallèle, les scientifiques vont étudier l'inflammation cérébrale par imagerie. Ils utilisent pour cela une technique particulière la caméra TEP, qui permet de voir les zones inflammatoires dans le cerveau. 

Le professeur Silva et son équipe vont aussi regarder plus finement grâce à l'IRM dans quelles régions précises se trouve l'inflammation pour voir quelles zones cérébrales sont touchées, celle de la mémoire, du langage, de la motricité, etc. 

Et enfin, c'est le dernier volet : des neurologues, des psychiatres, des neuropsychologues vont faire une évaluation très poussée des capacités cognitives de ces patients à l'hôpital et ensuite les suivre pendant six mois pour mesurer l'impact de leurs problèmes dans la vie quotidienne. 

Quels sont les espoirs avec cette étude ? 

Le professeur Silva veut déjà comprendre les mécanismes qui mènent aux Délirium. Il espère identifier des marqueurs biologiques ou d'imagerie qui serviraient à repérer facilement les patients, à différencier des profils éventuellement et surtout à adapter leur prise en charge avec des traitements plus spécifiques. 

Si l'étude montre que le délirium est due à un virus dans le cerveau ou à une inflammation cérébrale, il veut tester des médicaments antiviraux ou anti-inflammatoires, selon le cas, pour essayer d'améliorer l'état cognitif des patients. 

L'objectif est également de proposer une prise en charge cognitive précoce dès la sortie de la réanimation, pour aider à la récupération des facultés. 

Les résultats de cette étude, le professeur vient d'avoir les autorisations réglementaires donc, ça va commencer très rapidement. 

Beaucoup de patients sont en réanimation aujourd'hui. Donc, l'étude peut être très rapide. Ils pensent avoir, d'ici trois mois, des analyses et des données recueillies, mais ce n'est qu'une étude préliminaire, la phase suivante sera de confirmer les résultats obtenus avec un plus grand nombre de patients. 

Une étude qui risque d'avoir des répercussions importantes

Etant donné le grand nombre de patients covid en réanimation qui ont eu un délirium, cette crise sanitaire pourrait avoir des conséquences de santé publique à long terme. Il faut se rappeler que, depuis un an, il est passé plus de 60 000 personnes en réanimation covid. Alors, du côté des choses positives, la Covid a accéléré beaucoup de choses en médecine, par exemple, la nouvelle génération de vaccins. 

Cette étude pourrait déboucher sur une nouvelle approche pour les gens qui sortent de réanimation en proposant une filière de soins qui ne serait pas conçue uniquement dans l'urgence, de l'ambulance à la réanimation, mais plutôt comme un accompagnement du patient à plus long terme, avec un parcours adapté pour réhabiliter ses facultés cérébrales. 

Le vrai espoir du professeur Silva est de changer la vision de la réanimation et des soins apportés

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