Qu’est-ce que la BPCO ?

Projet de Thomas Similowski  

Le Professeur Thomas Similowski est pneumologue, il est chef du Service de Pneumologie et Réanimation Médicale dans le groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière Charles Foix, à Paris. Il dirige également une unité de recherche mixte Inserm-Sorbonne Université qui s’intitule « Neurophysiologie respiratoire expérimentale et clinique. »  La Fondation pour la Recherche Médicale l’a distingué en 2015 en lui remettant le Prix François Petay, pour les travaux pionniers qu’il mène depuis 25 ans sur la BPCO.     Qu’est-ce que la BPCO ?  BPCO veut dire « bronchopneumopathie chronique obstructive ». Sous ce nom compliqué se cache une maladie respiratoire grave : une inflammation chronique des bronches qui mène à leur obstruction progressive et à la destruction des alvéoles pulmonaires. La maladie s’aggrave avec le temps, la capacité respiratoire diminue peu à peu, au point d’handicaper les patients et mettre leur vie en jeu. Et il y a des périodes d’aggravation de la maladie (on parle d’exacerbation), qui nécessitent des soins d’urgence, voire une hospitalisation.     Quels sont les symptômes de la BPCO ?  Avant tout, c’est l’essoufflement, ce que les médecins appellent la « dyspnée ». Une impression de manquer d’air qui se fait d’abord sentir à l’effort, puis, quand la maladie s’aggrave, également au repos. Une toux chronique est souvent présente, pour expectorer le mucus produit en excès par les bronches enflammées.  Le retentissement de l’essoufflement sur la qualité de vie est important, car les malades sont contraints à l’abandon progressif de leurs activités. Sans compter qu’avoir du mal à respirer est très anxiogène, les patients ont l’impression qu’ils vont mourir. Ils vivent souvent dans une peur permanente. On ne peut pas l’imaginer si on n’a pas expérimenté cette difficulté à respirer ! Le Pr Similowski me l’a fait appréhender pendant quelques minutes, grâce à un dispositif qui rend la respiration difficile. Là on se rend vraiment compte de la souffrance que ça génère !     À quoi est due la BPCO et est-ce qu’on peut la prévenir ?  Elle est due essentiellement au tabagisme, actif ou passif, et c’est ce qui explique que plus de 250 millions de personnes en soient atteintes dans le monde. En France, c’est plus de 3 millions de personnes et en 2016, 16 000 décès. Pour prévenir la maladie, c’est simple : il ne faut pas fumer.     Lorsque la maladie est là, peut-on la guérir ?  Eh bien non, la BPCO est aujourd’hui incurable. La seule chose qui puisse stopper l’évolution de la maladie, c’est l’arrêt du tabac.  Il existe des traitements, mais ils ne soulagent que les symptômes : notamment les bronchodilatateurs (des médicaments qui dilatent les bronches), que l’on prend par inhalation. Ils sont parfois associés à des corticoïdes inhalés, pour combattre l'inflammation. Et, quand la maladie est plus avancée, de l'oxygène peut être nécessaire, ou une assistance ventilatoire à l'aide d'une machine et d'un masque.  En parallèle, il est très important que les malades suivent une réhabilitation respiratoire. C’est une combinaison de plusieurs approches : une éducation thérapeutique, un soutien psychologique et un réentraînement musculaire à l’effort.     Quand faut-il consulter ?  Pour préserver son avenir respiratoire, il faut ABSOLUMENT consulter en cas d’essoufflement. Exactement comme on consulte pour une douleur ! Il n’est jamais normal d’être essoufflé, quel que soit son âge. Même si on a toujours tendance à rationaliser : « c’est normal, je vieillis » ou « je fume » ou « j’ai grossi », etc. L’entourage peut tirer la sonnette d’alarme. Car il est très important de faire le diagnostic au plus tôt : plus vite on est pris en charge, meilleures sont les chances que les traitements soulagent et de ne pas évoluer vers le handicap.  Cependant, malgré la prise en charge, il reste un essoufflement que l'on qualifie de "persistant". Et c’est ce qui fait l’objet des recherches de Thomas Similowski.     Des recherches très originales…  Les recherches du laboratoire de Thomas Similowski sont axées sur les relations entre le cerveau et la respiration dans la BPCO. Car le poumon est malade et l’essoufflement est une perception : elle est produite par le cerveau, qui interprète les signaux en provenance du système respiratoire. C’est comme la douleur dans une blessure. D’où l’idée des chercheurs : soulager la perception de l’essoufflement en trompant le cerveau.     Comment peut-on tromper le cerveau ?  Avec son équipe, Thomas Similowski explore différentes pistes. L’une d’entre elles est la recherche de substances inhalées capables d’envoyer au cerveau un signal « trompeur », qui lui dit que les mouvements respiratoires sont plus amples qu’ils ne le sont en réalité.  Une autre piste de recherche repose sur la technique de stimulation magnétique transcrânienne : on applique un champ magnétique sur le crâne du patient. En induisant un courant électrique dans le cerveau, l’objectif est de modifier les circuits de neurones impliqués dans la perception de l’essoufflement. Cette technique est déjà utilisée avec succès pour le traitement de certaines dépressions ou douleurs chroniques.  Un autre axe de recherche encore repose sur la pratique de l’hypnose, notamment de l’auto-hypnose. Le but est d’aider le patient à vivre avec son essoufflement. Et les résultats préliminaires de l’équipe montrent qu’il peut y avoir un vrai bénéfice.  En résumé, les travaux du professeur Similowski s’inscrivent dans une approche novatrice de cette maladie : « traiter les poumons, tromper le cerveau et apaiser l’esprit ».

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