Dir. de recherche, il dirige l’équipe « Génétique du diabète », à l’Institut de Biologie Valrose, à Nice. Il travaille depuis 20 ans sur le diabète de type 1 et vient de lancer un essai clinique pour tester la capacité d’une molécule appelée GABA à régénérer les cellules pancréatiques détruites au cours de la maladie.

Au cours de cette rencontre, Patrick Collombat a insisté sur le fait que la FRM l’avait soutenu à un moment crucial de ses recherches, en 2009. Sans elle, cet essai aurait été retardé, voire n’aurait pas eu lieu.

Qu’est-ce que le diabète  de type 1 ?

Le diabète est une maladie auto-immune, c’est-à-dire que le système immunitaire, qui est censé nous protéger des agressions extérieures, se retourne contre l’organisme.

Chez les diabétiques de type 1, le système immunitaire détruit certaines cellules du pancréas, les cellules bêta.

Or ce sont ces cellules qui produisent l’insuline, une des hormones chargées de réguler le taux de sucre dans le sang

 Ces cellules sont produites dans le Ilots de Langerhans d’où est tiré le nom de l’Insuline  comme Insulaire.

Donc si les cellules pancréatiques sont détruites, il n’y a plus d’insuline ?

Oui. Conséquence : le taux de sucre dans le sang est trop élevé de manière répétée.

Le sang devient visqueux, il circule moins bien, et les organes s’abîment.

D’où parfois de lourdes complications comme la cécité, des dommages vasculaires, qui mènent à des amputations…

 L’espérance de vie est réduite de plusieurs années chez les diabétiques.

Combien de personnes sont concernées ?

En France, 5 % de la population est diabétique, soit plus de 3,3 millions de personnes.

La majorité a un diabète de type 2 (plus de 90 %), c’est le diabète non-insulino-dépendant

 Et environ 6 % ont un diabète de type 1, c’est-à-dire un diabète insulinodépendant : cela représente environ 2 00 000 personnes.

Pour réguler sa glycémie, un diabétique de type 1 doit s’injecter de l’insuline plusieurs fois par jour, car son pancréas n’en produit plus. Malgré des avancées récentes comme le patch pour la lecture de la glycémie, le traitement reste lourd. C’est pourquoi des chercheurs comme Patrick Collombat suivent une piste totalement différente. Thierry, racontez-nous.

Depuis 20 ans, Patrick Collombat cherche à comprendre comment les cellules du pancréas sont générées. 

En fait dans les Ilots de Langerhans sont produits différentes hormones qui régulent le sucre dans le sang.

Les cellules Beta qui produisent l’Insuline chargée de déclencher le stockage du sucre dans le foie, les muscles et la graisse en cas d’Hyperglycémie 

Et les cellules Alpha qui produisent le Glucagon qui commande la libération du sucre stocké en cas de manque de sucre dans le sang, l’hypoglycémie.

Pendant plusieurs années, avec son équipe, il a étudié comment intervenaient certains gènes dans la formation de ces cellules pancréatiques.

 Ils se sont aperçus qu’il était possible de transformer les  cellules alpha en cellules bêta (produisant de l’insuline), en forçant l’expression d’un unique gène, le gène Pax4. 

Ils ont testé la méthode chez des animaux adultes diabétiques, et ont réussi à traiter leur maladie : les cellules alpha se sont transformées en cellules bêta.

 Et de manière surprenante, le corps a alors régénéré naturellement les cellules alpha.

Mais celles si ce sont à nouveau converties en cellules bêta, et ainsi de suite, ce qui au final a permis de régénérer l’ensemble des cellules bêta. 

J’imagine qu’il n’est pas possible de régénérer les cellules bêta chez des patients en manipulant des gènes ?

Oui, c’est pour cette raison que Patrick Collombat et son équipe ont décidé de chercher une molécule capable de reproduire cet effet. 

Ils ont testé des millions de molécules sur des cellules

 Au bout de 5 ans, ils ont trouvé une molécule, le GABA, capable de reproduire cette régénération et transformation de cellules alpha en bêta.

Ils ont ensuite testé la molécule chez des souris normales : ils ont observé au bout de 2 mois puis 8 mois une augmentation conséquente du nombre de cellules bêta.

Puis ils ont fait des injections de GABA à des souris diabétiques et ont réussi à les guérir de leur diabète !

Les tests ont également montré que les nouvelles cellules bêta obtenues, régénérées, régulaient aussi bien la glycémie que les vraies cellules bêta.

Depuis, bonne nouvelle ! Le chercheur a lancé un essai clinique

Tout est ensuite allé très vite.

Coup de chance,  le GABA est en vente libre, comme complément alimentaire.

On n’a donc pas eu besoin de tester sa toxicité chez l’homme.

Les premiers patients ont reçu du GABA en septembre 2018 et sont suivis quotidiennement.

Au total, les chercheurs vont tester le GABA chez 80 diabétiques qui ne produisent plus du tout d’insuline.

Les premiers résultats sont attendus fin 2019 

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