Frédéric Chaubet est chercheur et professeur de chimie à l'université Paris 13. Les chercheurs que vous avez rencontrés développent une technique innovante d’inserts bioréactifs pour améliorer la prise en charge des anévrismes intracrâniens.

Visite à Frédéric Chaubet et ses collaborateurs au laboratoire de recherche vasculaire translationnelle, sur le site de l’hôpital Bichat à Paris.  Ce laboratoire n’est pas classique. Qu’a-t-il de particulier ?

D’abord, Il est interdisciplinaire : il est constitué de biologistes, de médecins et de chimistes. La Fondation pour la Recherche Médicale a financé le projet dans le cadre d’un appel d’offre spécifique qui imposait une véritable collaboration entre des biologistes et des chimistes, afin d’explorer des nouveaux territoires de recherche.

Ce laboratoire est aussi translationnel, c'est-à-dire qu’il va de la recherche à la clinique : les chercheurs ont une véritable volonté de transférer le produit de leurs recherches le plus rapidement possible aux patients.

La maladie au cœur de ces recherches est l’anévrisme intracrânien. Qu’est-ce que c’est ?

L’anévrisme intracrânien est une dilatation anormale sur une artère du cerveau, ce qui crée une poche de sang. Comme une hernie sur une chambre à air.

Environ 5 % de la population est concernée.

En général, il n’y a pas de symptômes, la dilatation est présente et il ne se passe rien.

Malheureusement, dans certains cas, elle se rompt. La rupture d’anévrisme entraîne une hémorragie et le sang se déverse dans une partie du cerveau.

Les conséquences sont lourdes : la moitié des patients meurent ou ont de graves séquelles à vie.

Pour éviter d’en arriver à ces situations dramatiques, il est possible de traiter un anévrisme par la chirurgie. Dans quels cas opère-t-on et comment fait-on ?

Les médecins décident d’opérer un anévrisme lorsqu’il a une taille d’au moins 5 à 7 mm. 

Le traitement consiste à remplir la « poche » de sang avec des inserts métalliques. Les chirurgiens utilisent soit un coil, une sorte de fil de platine qui s’enroule dans la poche comme une pelote, soit un web, un insert qui ressemble à un mini panier à salade. Le prix de ces inserts est élevé. Le coil coûte environ 1 000 € et il en faut plusieurs. Le coût du web est nettement plus élevé, 12 000 €, mais un seul suffit pour combler la dilatation.

Les inserts sont mis en place à l’aide d’un cathéter qui est introduit dans l’artère fémorale au niveau de la jambe et qui suit le chemin des artères, pour remonter au niveau de l’anévrisme.

Quand la poche est comblée par l’insert, une sorte de caillot de sang se forme. Puis une cicatrisation partielle se fait autour de la poche.

Cette prise en charge a malheureusement des limites et les patients doivent être suivis à vie. Pourquoi ?

Chez 30 % des patients, le caillot se tasse et si la cicatrisation est imparfaite, l’anévrisme peut alors récidiver. C’est un risque et une cause de stress très importante pour les patients.

Et c’est là toute l’importance du projet de Frédéric Chaubet et ses collaborateurs, qui cherchent une solution pour favoriser la cicatrisation définitive des anévrismes. Expliquez-nous leurs recherches.

Les chercheurs ont eu l’idée d’ajouter sur ces dispositifs métalliques une substance qui permettra la cicatrisation rapide de l’anévrisme en recrutant des molécules et des cellules cicatrisantes.

Pourquoi rapide ? pour que la cicatrisation intervienne avant que le caillot ne se rétracte.

La substance qu’ils ont choisie est un extrait d’algues brunes : le fucoïdane qui est sans danger pour l’organisme et qui a plusieurs propriétés intéressantes :

o   Il se lie aux plaquettes sanguines, ce qui pourrait favoriser la formation du caillot sanguin ;

o   Et il attire les facteurs de croissance, qui à leur tour devraient attirer les cellules cicatrisantes.

La société qui fournit le fucoïdane est située sur l’ile d’Ouessant où sont produites les algues brunes. Les conditions de culture des algues et d’extraction du fucoïdane garantissent la fiabilité de ce produit pour un usage clinique. 

Pourtant il est très difficile de fixer efficacement quoi que ce soit sur du métal. Comment font-ils ?

Ils recouvrent la surface métallique avec une molécule qui va lier fortement à la fois le métal et le fucoïdane.

Cette technique de recouvrement est déjà validée pour les stents vasculaires, mais il faut ici la mettre au point pour une autre maladie, avec des effets attendus différents.

La technologie est sans danger, elle n’utilise ni solvant ni réactifs toxiques.

Où en sont les chercheurs aujourd’hui ?

Ils mettent au point le recouvrement des inserts par le fucoïdane.

Ils feront ensuite des tests chez des animaux modèles, et s’assureront que la capacité à cicatriser est bonne. Cette partie du projet associe une équipe spécialisée de l’université de Limoge.

Ce procédé de recouvrement pourra rapidement être utilisé chez l’homme si les résultats chez sont concluants, car il est déjà validé pour les stents vasculaires qui sont utilisés dans d’autres maladies cardiovasculaires.

 L’objectif à terme est de ne plus avoir besoin de suivre les patients après la 1ère intervention, car l’anévrisme sera définitivement cicatrisé et les patients n’auront plus de crainte de récidiver.

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