Rencontre avec le Professeur Vahid Asnafi à l’Institut Necker-Enfants-Malades à Paris. Il est chercheur et dirige également le laboratoire d’oncohématologie, qui est spécialisé dans le diagnostic des maladies du sang, à l’hôpital Necker.

Son équipe développe des nouveaux traitements pour prendre en charge les leucémies aiguës, qui sont des cancers agressifs.

Un de leurs projets est notamment soutenu par la Fondation pour la Recherche Médicale.

Pour commencer, qu’est-ce qu’une leucémie ?

En fait il en existe différentes formes.

Mais, c’est connu, la leucémie c’est le cancer du sang.

Comme vous le savez toutes les cellules sanguines : les globules blancs, les globules rouges et les plaquettes se développent à partir de cellules souches dans la moelle osseuse.

On est d’accord ce n’est pas la moelle épinière.

La moelle osseuse c’est l’os à moelle du pot au feu.

Chez les patients atteints de leucémie, le développement des globules blancs est bloqué au cours du processus de maturation, et ils prolifèrent de manière incontrôlée.

Conséquence : des globules blancs immatures envahissent la moelle osseuse, puis le sang et ils empêchent la production des cellules sanguines normale.

Pour la petite histoire, c’est un médecin au 19e siècle qui a donné le nom de leucémie en observant le sang couleur blanchâtre de ses patients. En grec leukos c’’est blanc et haima le sang.

. L’équipe de Vahid Asnafi s’intéresse aux leucémies aiguës lymphoblastiques de type T, en abrégé : LAL-T.

Elles sont dites :
- aiguës car elles évoluent rapidement et sont agressives,  
- lymphoblastiques T car les globules blancs malades sont des lymphocytes T immatures des lymphoblastes (en grec, blastos signifie « immature »).

Cette leucémie, comme toutes les autres, est rare. Elle touche environ 200 nouvelles personnes chaque année en France, principalement des enfants et des jeunes adultes de moins de 30 ans.

Comment diagnostique-t-on cette leucémie ? Quel est l’examen de référence ?

Le diagnostic d’une leucémie aiguë, dont la LA-T, peut être difficile à faire car les symptômes ne sont pas caractéristiques, ils sont aussi présents dans beaucoup d’autres affections.

Les patients sont fatigués, pâles, ils font des hémorragies, ont de la fièvre, des infections, des douleurs osseuses, abdominales…

Les symptômes apparaissent en général quand les cellules cancéreuses sont au nombre de mille milliards, c’est en fait une vraie tumeur, de près de 2kg mais qui est juste diffuse.

L’examen clé pour poser un diagnostic, c’est donc la numération sanguine.

Des examens complémentaires permettent aujourd’hui de préciser le type de leucémie pour adapter la prise en charge

Où en est-on dans la prise en charge ? 

On s’y perd un peu. On a parfois l’impression que les leucémies se soignent très bien, et parfois que ça reste une maladie difficile à guérir.

C’est vrai. Depuis 30 ans, le taux de survie global ne cesse d’augmenter.

Pour certains types, on est aujourd’hui à 95 % de guérison.

Pour la LAL T, sur laquelle travaille Vahid Asnafi, le pronostic de guérison reste plutôt mauvais, il est que de 50 % chez l’adulte et 80 % chez l’enfant.

L’enjeu actuel de la recherche médicale, c’est de tendre vers 100% de guérison pour toutes les leucémies.

Le traitement de la LAL-T, comme celui des leucémies aiguës en général, est lourd.

Il repose sur une polychimiothérapie qui dure 2 ans ½, avec 6 mois de traitement intense. Elle est parfois complétée d’une radiothérapie ou d’une greffe de moelle.

Et le problème de la LAL-T, c’est la rechute

25 à 30 % des patients récidivent et alors les chances de survie sont très faibles.

Projet de l'équipe de Vahid Asnafi

C’est pourquoi l’équipe de Vahid Asnafi cherche à développer des traitements pour les rechutes et pour les patients à risque de rechute. 

Il faut savoir que le développement des globules blancs en question, les lymphocytes T est bien plus régulé que celui des autres cellules sanguines.

Ils naissent dans la moelle osseuse, puis migrent dans le thymus (le thymus c’est dans la gorge, à la boucherie c’est le ris de veau).

Le Thymus, c’est comme l’université des Lymphoblastes (les étudiants Lymphocytes).

Là ils sont éduqués, ils apprennent à reconnaître le soi et le non soi, donc à repérer les envahisseurs de l’organisme pour assurer l’immunité.

C’est une université très sélective avec 3 examens, 3 points de contrôle.

Et c’est une université très cruelle aussi, car si on ne réussit pas un examen, on reçoit un message et on doit se suicider.

Finalement, au cours des 3 examens, 99 % des étudiants lymphocytes T sont éliminés et 1% seulement sont considérés comme aptes.

Ça, c’est pour les étudiants normaux :  les bons élèves passent, les autres se suicident.

Le problème avec les lymphoblastes cancéreux, les cellules tumorales, c’est que ce sont des rebelles qui ne se suicident pas quand ils échouent à l’examen.

Au contraire, ils s’échappent et vont proliférer dans l’organisme.

La question que s’est posée l’équipe de Vahid Asnafi est la suivante : est ce que les mécanismes de suicide, de mort cellulaire existant dans les cellules saines sont ré activables chez les mauvais élèves, les cellules tumorales ?

Est-ce que les cellules tumorales sont susceptibles de répondre aux messages qui induisent la mort cellulaire ?

Eh bien oui !

Cette hypothèse a été validée avec un message spécifique, un anticorps qui a été testé dans un essai sur modèle animal.

Le traitement a permis d’éliminer les cellules tumorales chez les souris.

Un espoir ?

Y a-t-il un espoir de médicament à plus ou moins long terme ?

Pour arriver au traitement, il y a des contraintes multiples :

C’est une maladie rare.

En France, on trouve seulement un faible nombre de patient susceptibles d’entrer dans un essai clinique (20 à 50 /an)

Il y a des risques d’effets secondaires potentiels importants car l’anticorps cible les Lymphocytes T donc il risque de déclencher soit une activation soit le contraire une destruction massive et une perte de l’immunité.

Le laboratoire de Vahid Asnafi travaille sur une forme particulière de cet anticorps pour diminuer ces effets secondaires délétères.

Notamment grâce au soutien de la FRM, les chercheurs poursuivent leurs travaux, pour identifier les autres points de contrôle car, d’un patient à l’autre, les cellules leucémiques, prolifèrent à différents stades de maturation, les 3 examens de passage.

Un Partenariat avec des industriels a été lancer pour développer un médicament qui pourrait exister dans les 5 années à venir.

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