Jean-Sébastien Silvestre et le Professeur Philippe Menasché sont tous deux responsables de l’équipe « Thérapies régénératives pour les maladies cardiaques et vasculaires », au Paris Centre de Recherche Cardiovasculaire.

Jean-Sébastien Silvestre est directeur de recherche Inserm. Et le Professeur Philippe Menasché est chirurgien cardiaque.

Tous deux développent une thérapie à base de sécrétions de cellules souches, pour traiter l’insuffisance cardiaque.

Cette recherche est d’autant plus importante que l’insuffisance cardiaque touche une grande proportion de la population !

En effet, 1 million de personnes sont en insuffisance cardiaque en France et environ 25 000 en décèdent chaque année. Avec une augmentation de 30% dans les 15 dernières années.

Chez les patients insuffisants cardiaques, le cœur n’est plus capable d’assurer son rôle de pompe, et donc d’alimenter correctement l’organisme en sang. Le cœur ne peut alors plus répondre aux besoins énergétiques du corps, et lui amener l’oxygène et les nutriments. Une fois que cette pathologie est installée, en général elle s’aggrave.

30 à 40 % des patients qui ont fait un infarctus du myocarde développent une insuffisance cardiaque malgré une prise en charge adaptée, médicale et parfois chirurgicale. C’est à cette population de patients que s’adresse le traitement développé par Philippe Menasché et Jean-Sébastien Silvestre.

Par ailleurs une nouvelle population rempli les consultations, ce sont les patients qui ont été soignés par certaines chimiothérapie et qui pour une partie d’entre eux développent une insuffisance cardiaque des années plus tard.

En 2014, les médias ont beaucoup relayé le succès d’une thérapie cellulaire réalisée par Philippe Menasché chez une patiente en insuffisance cardiaque. 

Cela faisait plus de 20 ans que Philippe Menasché cherchait à remplacer les cellules cardiaques contractiles qui sont dysfonctionnelles, chez des patients en insuffisance cardiaque, par de nouvelles cellules contractiles.

Il a d’abord greffé chez des patients des cellules de muscle squelettique, prélevées à la cuisse, mais leur état ne s’est pas amélioré de manière notable. Entre autres désagréments, les cellules greffées ne se couplaient pas avec les cellules du cœur, c'est-à-dire qu’elles ne battaient pas ensemble, provoquant des arythmies dangereuses.

L’équipe s’est alors recentrée sur la greffe de cellules proprement cardiaques. Et pour les obtenir, Philippe Menasché a décidé d’utiliser des cellules souches embryonnaires qui ont la particularité de pouvoir se transformer en tous les types cellulaires de l’organisme.

Un petit rappel : une cellule souche est une cellule indifférenciée capable, à la fois, de générer des cellules spécialisées par différenciation cellulaire et de se maintenir dans l'organisme par prolifération ou division asymétrique

Donc ces cellules ont donc été prétraitées pour les engager dans une voie de différenciation en cellules contractiles du cœur et en cellules vasculaires.

Puis les cellules déjà « engagées » ont été triées et placées dans un patch de fibrine qui a été greffé chez une patiente en 2014.

Elle s’appelle Jacqueline et je l’ai rencontrée au cours de ma visite. Elle m’a raconté qu’avant l’opération, elle ne pouvait plus marcher, et elle dormait assise car elle avait de l’eau dans les poumons.

Elle n’a pas hésité un seul instant quand le Pr Menasché lui a proposé la greffe. Son état s’est très vite amélioré, dès les 1ères semaines. Aujourd’hui, elle se porte bien et vit normalement.

6 patients en tout ont bénéficié de cette technique entre 2014 et 2016 : la fonction cardiaque de chacun semble s’être améliorée même si les pontages associés à la mise en place du patch y ont certainement contribué.

Pourtant les chercheurs étaient déçus par leurs résultats. Pourquoi?

Philippe Menasché avait obtenu un effet fonctionnel, un effet clinique positif, mais il était déçu car les cellules greffées ne survivaient pas très longtemps.

C’est à ce stade du projet que la collaboration de Philippe Menasché avec Jean-Sébastien Silvestre a commencé. Ils sont tombés d’accord sur le fait qu’il était fort probable que l’effet thérapeutique observé provenait, non pas des cellules souches elles-mêmes, mais de leurs sécrétions sous forme de vésicules. 

Est-ce qu’ils ont des résultats qui confirment cette nouvelle piste ?

Ils ont mené des expériences chez des animaux malades.

Chez certains, ils ont injecté des cellules souches et chez d’autres uniquement les vésicules sécrétées par ces mêmes cellules : ils se sont aperçus que l’effet était le même : une amélioration significative de la fonction cardiaque.

Ils sont donc passés d’une transplantation cellulaire à une thérapie où les cellules ne sont plus greffées mais servent seulement à la production de ces vésicules.

Quelles sont les étapes à venir ? Que leur reste-t-il à faire ?

Aujourd’hui, les chercheurs ont donc leur produit thérapeutique : les vésicules. Ils les produisent non plus à partir de cellules souches embryonnaires mais à partir d’un autre type de cellules souches plus faciles à cultiver , les cellules souches induites, les IPS, que l’on transforme en cellules cardiaques

Il reste encore à mieux comprendre comment ces vésicules agissent, et quelles sont leurs cibles.

Les chercheurs veulent aussi savoir s’il est nécessaire d’utiliser la totalité des vésicules sécrétées par les cellules souches ou si certaines seulement ont une efficacité. Ils essaient également de trouver la manière de les injecter chez le patient moins invasive que le patch qui demande une opération lourde. 

L’idéal serait de pouvoir faire une injection en intraveineuse ou d’apporter le ces vésicules localement par endo

De nombreuses étapes ont déjà été franchies et si tout marche bien, ils devraient lancer un essai clinique d’ici 2 à 3 ans sur 12 patients.

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