Caractériser une population d'adolescents borderline, c'est le projet du Pr Cohen financé par la Fondation pour la Recherche Médicale, que nous présente Thierry Lhermitte

Le trouble de la personnalité limite peut se détecter dès l'adolescence et être pris en charge
Le trouble de la personnalité limite peut se détecter dès l'adolescence et être pris en charge © Getty / Ute Grabowsky

Le Professeur David Cohen dirige le service de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris. C’est le plus grand service européen de ce type, il possède même sa propre école. Il prend en charge des jeunes patients atteints de pathologies psychiatriques sévères, en dehors des troubles du comportement alimentaire.

Le projet du Pr Cohen est financé par la Fondation pour la recherche médicale

Il a été sélectionné en 2015 dans le cadre d’un appel à projets destiné à soutenir les maladies psychiatriques, véritable parent pauvre de la recherche française. Dans le cadre de cet appel à projets, la Fondation pour la Recherche Médicale a investi 4 millions d’euros dans 16 projets.
En 2017, la Fondation a réuni ces 16 équipes de façon à ce qu’elles présentent les avancées de leurs travaux au comité d’experts qui les avaient initialement sélectionnées. La Fondation met en place ces réunions qu’elle appelle « mi-parcours » de façon à apprécier la pertinence de sa stratégie et à veiller à la bonne avancée des projets. C’est en quelque sorte du « coaching » de projets. La Fondation est convaincue que dans ces projets se trouve la psychiatrie de demain.

Contrairement aux idées reçues, les maladies psychiatriques sont fréquentes

Selon l’OMS, plus d’une personne sur 5 est concernée chaque année, et les jeunes sont en première ligne puisque les premiers signes apparaissent en général entre 15 et 25 ans.
Aujourd’hui les maladies psychiatriques représentent le deuxième poste de santé en termes de coût en France. Pour l’Assurance maladie, il est estimé à environ 19 milliards d’euros en 2015. Selon des données de 2007, le coût économique et social des maladies psychiatriques s’élèverait à 107 milliards d’euros par an en France.

Au cours de son projet financé par la Fondation pour la Recherche Médicale, le Pr Cohen cherche à caractériser une population d’adolescents atteints de trouble borderline.

Qu’est-ce que le trouble borderline ?

Les troubles borderline sont des troubles de la personnalité qui se déclarent à l’adolescence, ou chez le préadolescent. Ils sont marqués par :
- une très forte instabilité émotionnelle (anxiété, dépressivité, irritabilité) ;
- une impulsivité, avec des mises en danger, des tentatives de suicide ;
- des relations aux autres perturbées (ils ont peur de l’abandon) ;
- une difficulté à intérioriser ses sentiments, et à se remettre en question.

Que connaît-on de la maladie ?

Peu d’études ont été réalisées sur cette maladie, car le diagnostic peut être véritablement posé chez l’adolescent depuis quelques années seulement. On ne connaît pas vraiment sa fréquence dans la population. On sait en revanche que 2 ans après le diagnostic, la moitié des patients sont encore malades.

On a réussi à identifier les facteurs de risque. On sait que le stress et les traumatismes augmentent le risque de trouble borderline. D’ailleurs beaucoup de jeunes patients ont une histoire familiale compliquée. Mais on ne connaît pas les mécanismes physiologiques de la pathologie.

Le traitement repose essentiellement sur une thérapie qui consiste à réconcilier les émotions avec la cognition.

En quoi consiste le projet ?

L’objectif du projet de David Cohen est de caractériser une population d’adolescents borderline. Les chercheurs pensent qu’il existe chez les patients des modifications de la réponse au stress qui sont présentes dès l’adolescence : des modifications physiologiques et motrices, ainsi que des modifications au niveau de la structure et du fonctionnement du cerveau.

Pour vérifier leur hypothèse sur les modifications physiologiques et motrices, David Cohen et son équipe se sont rapprochés d’ingénieurs qui ont mis au point une méthode capable de mesurer le stress.

La personne est placée dans une petite salle, face à un écran et une caméra kinect. La caméra permet d’enregistrer notamment les mouvements pour les restituer en 2 et 3 dimensions. La personne est appareillée de façon à mesurer des paramètres physiologiques comme sa température, sa pression artérielle, des paramètres respiratoires… Au total, 131 paramètres sont recueillis au cours du test : les paramètres physiologiques cités précédemment, mais aussi différents points du visage, les mouvements des mains, des pieds, de la tête, du squelette… 

Toutes ces données sont enregistrées et compilées au cours d’un test qui consiste à proposer à la personne des exercices de calcul mental. Et à un moment donné, on lui fait croire qu’elle s’est trompée. De cette manière on induit un stress. 

Pour le moment, la méthode a été mise au point sur 25 adolescents dénués de problèmes psychiatriques.

Les chercheurs envisagent de recruter 33 patients atteints de trouble borderline et 33 patients sains appariés (même sexe, même âge). Puis ils compareront ensuite les données obtenues chez les deux populations.

En parallèle, un protocole d’imagerie par IRM est en cours pour comparer le cerveau de malades avec des personnes saines.

Cette recherche est vraiment innovante et n’a jamais été menée auparavant. Elle permettra de mieux comprendre cette maladie qui fait vivre un véritable calvaire aux patients et à leurs proches.

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