Catherine Lubetzki et Bruno Stankoff sont tous deux neurologues et codirigent une équipe de recherche à l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière à Paris.

Leur équipe s’intéresse aux mécanismes de réparation de la myéline, une gaine qui entoure et protège les fibres nerveuses, et qui est détruite au cours de la sclérose en plaques, également appelée SEP. 

Cette maladie touche environ 100 000 personnes en France et plus de 2 millions dans le monde.

La sclérose en plaques est une maladie du système nerveux central, c’est-à-dire du cerveau et de la moelle épinière. Qu’est-ce qui est atteint exactement ?

C’est une maladie inflammatoire et auto-immune car le système immunitaire du patient s’attaque à ses propres constituants, ici la myéline.

Cette myéline, qui entoure les fibres nerveuses, permet d’accélérer la transmission de l’information. Quand la gaine de myéline est endommagée le signal électrique peut être jusqu’à 50 fois plus lent.

Sa destruction fragilise les neurones qui finissent par mourir, d’où l’apparition progressive de symptômes et de handicaps plus ou moins lourds. 

Comment se manifeste justement cette maladie ?

Les symptômes diffèrent d’un patient à l’autre car ils dépendent de la zone où sont situées les lésions dans le système nerveux central.

Chez la plupart des patients la maladie se développe par poussée de durée et d’intensité diverse de quelques années à quelques dizaines d’années puis par une évolution progressive continue.

Chez 15 % l’évolution est continue depuis le départ.

Généralement les patients ont des problèmes de vue, des troubles de l’équilibre, une faiblesse musculaire, des fourmillements, des engourdissements, des troubles urinaires ou sexuels.

Ils peuvent aussi souffrir d’une grande fatigue et d’épisodes dépressifs.

Il existe exactement 13 médicaments contre la SEP. Pourquoi n’arrive-t-on pas à éviter le handicap chez certains patients ? Selon les études jusqu’à 50% des patients développent un handicap permanent au bout de 15 à 20 ans.

Le problème c’est que les médicaments actuels n’ont d’effet que sur la prévention des poussées de la SEP.

En revanche, il existe peu de traitements contre la 2nde phase de la maladie qu’on appelle progressive, au cours de laquelle les symptômes s’installent et s’aggravent de façon plus continue.

Les médecins ne savent pas aujourd’hui prédire l’évolution à long terme d’une sclérose en plaques chez un patient. Pourtant les techniques d’imagerie qui permettent de voir les lésions dans le cerveau ont énormément évolué. Pourquoi ?

Grâce à l’IRM, on peut effectivement aujourd’hui repérer les lésions sous forme de plaques blanches dans le cerveau et voir leur évolution en nombre.

On peut clairement poser un diagnostic dès les 1ères poussées inflammatoires.

Mais cette maladie reste extrêmement mystérieuse et pleine de paradoxes.

Par exemple, les 5 premières années, la gravité des symptômes est essentiellement en lien avec le nombre de plaques dans le cerveau. Mais ensuite le nombre de plaques n’est plus corrélé aux symptômes. 

Catherine Lubetzki et Bruno Stankoff ont émis l’hypothèse qu’au bout de quelques années, ce n’est plus le nombre de plaques qui compte mais le contenu des plaques. Qu’ont-ils déjà découvert ?

Pour étudier le contenu des plaques, ces chercheurs développent des techniques d’imagerie innovantes.

L’équipe a déjà montré que plus l’activité inflammatoire dans les plaques est importante, plus l’évolution vers le handicap est rapide.

Ils ont également analysé les capacités d’un sujet à remyéliniser les lésions, à les réparer : ils se sont aperçus que le handicap était moins lourd lorsque la réparation de la myéline était bonne.

Et c’est à cette remyélinisation, dans une zone du cerveau peu étudiée jusqu’ici dans la maladie, que s’intéresse Maxime Guillaume. Il est neurologue dans cette équipe et actuellement financé par la FRM.

Dans cerveau on appelle substance blanche l’intérieur qui est principalement constitué des fibres nerveuses, les axones entourés de leur gaine de myéline.

Et la substance grise, c’est le cortex, la couche externe du cerveau dans laquelle on trouver les corps des neurones. 3 à 5 mm.

Mais en fait la substance grise en contient également des axones, et la remyélinisation naturelle y serait plus active.

Pour étudier les lésions finement on utilise une imagerie perfectionnée, chère et plutôt rare, la tomographie à émission de positons, le PET SCAN.

L’IRM, elle, est moins chère et disponible partout.

Maxime Guillaume utilise donc une technique d’IRM particulière, pour quantifier la remyélinisation du cortex chez des patients.

L’objectif est de déterminer des « profils individuels » de remyélinisation au sein de la substance grise, et de les corréler avec les différents stades évolutifs de la maladie.

Les chercheurs pensent donc que les 1ères années, le handicap serait corrélé aux lésions dans la substance blanche et ensuite à celles qui sont dans le cortex.

Dans une précédente étude, l’équipe a déjà évalué la technique chez 15 patients. Ils les ont vus à 1 an d’intervalle et ont comparé les images obtenues. Ils ont montré que la remyélinisation du cortex était en lien avec l’évolution du handicap. 

Maxime Guillaume va mener une étude similaire mais sur une plus grande cohorte : les patients sont issus de différents centres européens, et plus de 100 patients sont pour le moment à l’étude.

Ce projet devrait permettre d’identifier un biomarqueur d’imagerie de la remyélinisation, pour aider à établir un pronostic de la maladie et à évaluer des traitements grâce l’IRM.

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