Claire Poyart est à la fois médecin et chercheuse.

Claire Poyart est à la fois médecin et chercheuse.

Elle est responsable du pôle de biologie de l’hôpital Cochin, également en charge du Centre national de référence des streptocoques et  elle codirige l’équipe « Barrières et Pathogènes » .

Elle a reçu à plusieurs reprises des financements de la Fondation pour la Recherche Médicale. 

Claire Poyart travaille depuis 25 ans sur une bactérie, le streptocoque du groupe B, qui, dans le monde entier, est la principale cause d’infections graves chez le nouveau-né particulièrement la méningite

Le streptocoque du groupe B est une bactérie en général inoffensive dans la population générale.

Elle est présente dans le tube digestif de 10 à 20 % d’entre nous, sans provoquer de maladie.

Et chez les femmes colonisées, on la retrouve aussi dans la flore vaginale et c’est au moment de l’accouchement que la bactérie est transmise de la mère à l’enfant.

Chez les bébés, elle peut causer des méningites et des septicémies.

En France, sur 800 000 naissances, elle est responsable de 500 cas de méningites chaque année.

10 % des bébés malades vont décéder et 20 % conserveront des séquelles neurologiques. 

Depuis 2002, toutes les femmes enceintes sont dépistées et sont traitées si besoin par antibiotiques pour réduire le risque de transmission.

Grace à ce traitement,  les infections précoces du nourrisson ont baissé drastiquement  mais  curieusement les infections tardives  entre 0 et 3 mois ont augmenté.

Les streptocoques sont étudiés par les médecins et les chercheurs depuis très longtemps.

La 1ère souche de streptocoque du groupe B a été isolée dans le flore vaginale d’une femme en 1935.

Cette bactérie fera peu parler d’elle au début du 20e siècle, car peu agressive.

Puis au cours des années 1960, on a assisté à une recrudescence inexpliquée des infections néonatales liées au streptocoque B dans les hôpitaux.

Depuis 25 ans, Claire Poyart travaille avec acharnement pour tâcher de répondre à 3 questions essentielles :

-         Pourquoi a-t-on assisté à une recrudescence d’infections au streptocoque B dans les années 1960 ?

-         Pourquoi cette bactérie est-elle dangereuse pour les bébés ?

-         Pourquoi les bébés sont-ils malades principalement entre 0 et 3 mois ?

La recrudescence des infections liées au streptocoque B chez le nouveau-né est aujourd’hui expliquée.

Après plusieurs années de recherche, Claire Poyart et ses collaborateurs de l’Institut Pasteur ont montré que l’utilisation massive et incontrôlée d’un antibiotique, la tétracycline, au cours des années 1950 a entraîné la sélection de clones de streptocoques très agressifs pour l’Homme et résistants à cet antibiotique.

Et aujourd’hui,  ce sont ces clones qui sont responsables des infections néonatales rencontrées dans les hôpitaux.

Les raisons pour lesquelles les bébés sont sensibles à ces infections sont nombreuses.

Parmi les clones agressifs, le clone CC17 explique à lui seul la majorité des infections graves du nouveau-né, notamment la méningite.

Car contrairement à la plupart des streptocoques B, ce clone a la capacité de franchir la barrière hémato-encéphalique,  les méninges et d’atteindre le cerveau. Donc de provoquer une méningite.

D’autres pistes sont explorées pour expliquer pourquoi certains bébés sont malades et pas d’autres. Car seul un ensemble de facteurs favorisants peuvent l’expliquer.

Est-ce que les bébés avec une infection à streptocoque B ont un microbiote intestinal particulier ?

Ont-ils une prédisposition génétique ?

Pas encore de réponse à ces questions mais elles sont en voie d’élucidation.

Et la 3ième question me direz vous. Pourquoi entre 0 et trois mois.

La question n’est pas tranchée, mais le maternage, le contact entre la mère et l’enfant y est forcement pour quelque chose car le dépistage du streptocoque B n’est pas efficace à 100 % . 

Quelles sont les solutions pour éradiquer ces infections néo natales.

Une des solutions, c’est le vaccin contre le streptocoque B.

Des chercheurs dans d’autres laboratoires y travaillent. 

Mais il est compliqué à développer et il faudrait vacciner les mères au cours du dernier trimestre de grossesse pour obtenir un taux d’anticorps suffisant pour protéger le bébé pendant les 3 premiers mois de sa vie, après les cas sont exceptionnels. 

Etant donné les polémiques et les réticences irrationnelles sur les vaccins, propres à la France, l’adhésion des mamans sera difficile à obtenir.

Ca sera donc sans doute, d’autres pays qui profiteront en premier de cette avancée médicale.

Ceci étant, c’est une voie de recherche qui doit être poursuivie car c’est probablement la seule manière d’éradiquer cette infection dans les pays où l’offre de soins est plus limitée.

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