Vous êtes lassés des sauvignons de Touraine empreints de verdeur, vendus à vil prix en grande distribution, mauvais ambassadeurs d’un terroir pourtant digne d’être mis en valeur, le vin de cette chronique est pour vous !

Terroir : Sologne viticole, paysage de transition (plateau) entre les vallées de la Loire et du Cher, climatiquement marqué par la présence de la forêt et reposant sur des sols de sables sur argiles. Un terroir insolite qui confère une grande finesse aux vins qui y naissent.

Isabelle Pangault nous parle de son domaine et de son projet :

« Pendant près de 10 ans, j'ai travaillé dans le monde du vin, dans le sud de la France et à l'étranger, parfois dans de grandes entreprises. J’y ai engrangé des compétences en viticulture, en œnologie et en marketing du vin. Mais je n'étais toujours qu'un maillon de la chaîne… et devais souvent produire les vins qu'on me demandait de faire. Alors quand mon fils est né, la veille des vendanges 2016, ce que j'osais à peine envisager est devenu une évidence: j'allais revenir dans ma Sologne natale pour jouer ma propre partition et maintenir le vignoble local vivant. Je me suis alors engagée dans ce qui est bien plus qu'un simple projet professionnel, mais un vrai projet de vie!

Après de longs mois de recherche, de prospection, de rencontres, j'ai fait la connaissance d'un vigneron qui partait à la retraite et avait à cœur de permettre à un(e) jeune de s'installer. J'ai alors découvert ce vignoble, un joli dôme de sables sur argiles à Sassay, en Sologne viticole, et à l'issue du parcours du combattant de l'installation et de quelques stages chez des collègues du coin (notamment Philippe Tessier, mon modèle), me voici donc vigneronne depuis 2018, installée sur 14 ha en appellation Touraine! Un challenge vertigineux quand on n’est pas issue du monde agricole et qu’on ne reprend ni stock, ni marque, ni clientèle, avec tout à construire…

Entourées de haies et d'arbres, ces vignes sont le théâtre d'une grande biodiversité. J'y ai déjà reconnu près de 40 espèces d'oiseaux, dont certains nichent dans les vignes et qui peuvent s'avérer de précieux auxiliaires de culture. Quel bonheur de travailler en immersion dans la nature, au son des 600 notes de l'alouette des champs ou du pupulement de la huppe fasciée! Afin de protéger cette biodiversité et les sols qui la portent, j’ai entamé dès ma deuxième année une conversion officielle de la totalité du vignoble en agriculture biologique et envisage de mettre en place à moyen terme les principes de l’agriculture de conservation des sols (notamment l’usage d’engrais verts) et de la biodynamie.

Mais la biodiversité n'est pas seule à devoir être défendue. C'est aussi l’"ampélodiversité" qui est en péril (cf. le décret d’appellation Touraine blanc qui autorisait jusqu’ici un peu de menu pineau (également appelé « orbois » en vallée du Cher), de chenin ou de chardonnay et qui, à partir de 2022 sera composé à 100% de sauvignon, blanc et gris). C'est pourquoi je souhaite replanter les cépages autochtones de la région afin d'exprimer avec justesse l'identité de ce terroir. Au programme : fié gris, menu pineau, romorantin, pineau d’aunis…

L’absence d’héritage familial viticole est une contrainte sur bien des aspects, mais elle offre aussi une grande liberté et l’opportunité de bousculer les codes traditionnels du vin. C'est ce que j'ai voulu faire en choisissant pour le domaine des visuels forts et un nom qui évoque une attitude typiquement solognote, celle d'être aux aguets, les sens en éveil, prêt à être émerveillé par la vue d’un animal ou surpris par le chant d’un oiseau… Quand on est à l’affût, on ne fait qu’un avec son environnement.

Dans le métier de vigneron, l’observation de la vigne, des sols, de la flore et de la faune est primordiale pour travailler intelligemment et dans le respect de la nature. D’où ce besoin de rester à l’affût: de son vignoble, de la météo, de nouvelles techniques, de belles rencontres… et d’avoir un regard précis et aiguisé (bref, affûté) sur les choses.

L’affût est également l’endroit où l’on se poste en hauteur, comme sur ce dôme où s'épanouissent les vignes du domaine, offrant une vue panoramique sur le paysage alentour.

Enfin, le mot «affût» a pour origine le mot «fuste», qui désigne à la fois le tronc de l’arbre et la barrique de chêne, clin d’œil à mes origines forestières puisque j'ai découvert le vin au travers du bois. »

Touraine sauvignon cuvée Instinctive 2018, domaine L’Affût - Prix public : 13 € TTC au domaine

L'AFFÛT - Isabelle Pangault - Chemin du Moulin- 41700 SASSAY - Tél. : 06 12 16 19 87 - isabelle@laffut-vins.com

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.