Au lendemain de l'incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris, Agnès se rappelle de sa toute première visite de la cathédrale.

Je suis née à Toulouse le 5 Septembre 1990 à la clinique Ambroise Paré.

L’obstétricien s’appelle Paul Boubli, la sagefemme Babi Siboni.

Mes 6 premières années se passent bien, je bois des berlingots l'après-midi au jardin des plantes, le dimanche c’est Mac drive après l’hypermarché de Labège, ma passion dans la vie les hyper ; j’ai des amis, des parents, des grands parents, des frères et soeur un week-end sur deux.

Et puis l’été 1996, on monte à Paris, pour le travail de mon père.

Et Paris quand tu viens de province c’est un truc de malade. Dans ma tête d’enfant je regardais le JT et je me disais Punaise Paris c’est là que les poubelles brûlent, c’est là que vit Jacques Chirac et c’est là qu’il y a toutes les stars de cinéma.

A Toulouse il ne se passe jamais rien. A part le rugby mais moi je préfère la GRS.

Donc j’entre au CP le 5 septembre 96 à l’école publique de la rue Delambre dans le 14ème, le jour de mes 6 ans.

La maîtresse s’appelle madame Dixaut. Elle est gentille. Mais elle peut pas faire grand-chose au fait que j’ai l’accent toulousain. Je dis ROSE et pas rose. Je dis POCHE et pas sac. Quand un truc colle je dis ça PEGUE, et non pas

ça colle. Et ça fait rire les élèves. Et elle peut pas faire grand-chose.

En face de l’école rue Delambre y a une boulangerie, à la fin de la première journée je ne me suis pas encore fait d’amis. C’est toujours comme ça les premiers jours, on attend une brèche pour s’engouffrer habilement dans la vie de nos futurs meilleurs amis. Ça s’est passé à la boulangerie. Je fais la queue, avec ma baby-sitter. Et quand c’est mon tour de parler à la dame, je demande une chocolatine. Parce qu’en fait je ne sais même pas ce que c’est un pain au chocolat d’accord ?

Un pain au chocolat, et faut vraiment que vous m’entendiez les gens, ca veut dire un pain, genre une baguette, avec du putain de chocolat dedans. C’est mi-salé mi-sucré, c’est bizarre. Je dis pas que c’est dégueulasse, juste ça n’est pas un goûter pour enfant.

Je me calme.

Donc je dis chocolatine à la dame, et là y a 3 gars de CE1, des types dangereux, genre pogs et couille de mammouth, dans la poche arrière, qui se foutent de ma gueule et qui me font pleurer.

A ce moment-là y a une mini main qui se pose sur mon épaule et qui me réconforte. Elle s’appelle Clémentine. Elle devient immédiatement ma meilleure amie. Elle est belle, elle est sympa, elle s’en fout que j’ai un accent de vieille cagole qui a trop pris le soleil alors qu’il me manque mes dents de devant. Elle ne me juge pas.

On ne se quitte plus avec Clémentine. Pour plein de raisons, on vit à moitié l’une chez l’autre. On écoute du Balavoine à fond les ballons, L’AZIZAAAAAA je te veux si tu veux de moi ! En mimant des trucs hyper sexuels. On oublie

après que les enfants sont fascinés par le cul.

La vie passe. On a de plus en plus de doudounes du pareil au même, moi perso j’ai la argentée mi longue; de moins de robes à smock. On fait des smacks à des garçons dans la cour de récré entre les poubelles et les platanes. Je perds mon accent. Je tombe amoureuse d’Hugo Brun, puis de Pierre, le fils des pharmaciens. Puis re d’Hugo Brun parce qu’il m’écrit des cartes postales et que sa mère est belle. J’ai des poux. Une fois, deux fois, trois fois. Ca fait hyper chier ma mère. Puis je les refile à Clem.

Et puis un jour, on nous emmène en sortie scolaire. C’est toujours génial les sorties scolaires, même quand c’est pour du ping

pong et que t’as jamais touché une balle. C’est toujours un moment fort les sorties scolaires.

Ce matin là, on nous emmène à Notre Dame de Paris. j’ai jamais vu un truc pareil. Versailles j’ai loupé la visite parce que mon petit frère m’a refilé la varicelle en rentrant du ski. Et la Tour Eiffel, je ne l’a visiterai qu’en CE2, je sais pas pourquoi. C’est immense. C’est hyper beau. J’ai jamais vu une synagogue aussi grande à Toulouse.

Et moi j’ai pas de religion donc je ne sais pas prier, mais je me souviens qu’avec Clém on a pris des cierges, bon j’avoue je suis pas sure qu’on ait payé… Et qu’on a brulé deux cierges en priant fort à des trucs hyper graves qui nous arrivaient. Des trucs sur Hugo Brun et sur le fait qu’on voulait avoir des enfants avec lui je pense.

C’était super. J’ai cherché des toilettes, j’ai pas trouvé, j’ai perdu mon groupe.

J’ai croisé plein de japonais. Je me suis dit qu’à Toulouse y avait pas autant de japonais. Un parent accompagnateur m’a dit dehors, que le roman de Victor Hugo, que je ne lirai que 7 ans plus tard en 5ème avec Madame

Guitard, il se passait là, à Notre Dame, et qu’Esmaralda, son vrai prénom c’était Agnes. Et je me souviens que je me suis demandée si elle avait l’accent toulousain ou pas Esmeralda. Et si Victor Hugo il savait qu’il y aurait autant de Japonais sur son parvis.

Je me souviens aussi que je me suis dit que ce serait bien de revenir un jour ou y aurait moins de monde, moins de touristes, pour montrer à mon petit frère ce qu’ils savaient faire les parisiens.

Je me souviens surtout que j’ai pas vraiment capté que c’était un sacré lieu.

Mais que j’ai passé une super journée.

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