Alexis le Rossignol console son ami qui déprime...

L’autre jour, je me disais, "Dis donc, Alex tes dernières chroniques elles étaient pas mal, tu devrais lever le pied parce que les gens vont commencer à être exigeants. Qui dit exigence dit pression, qui dit pression dit stress et qui dit stress dit risque d’échec. Et l’échec, c’est mal vu dans notre société!"

Oui oui oui… 

J’mangeais des pizzas en buvant des bières avec un copain le week-end dernier et bon bah vous savez comment ça se passe, la pizza quand t’en manges un peu trop ça, délit les langues, et tout d’un coup mon pote Fabrice il me dit “Alex, je crois que je suis en dépression”. 

Il me dit ça comme ça, alors qu’au début de la soirée je lui avais dit “Salut ça va?” et qu’il m’avait répondu “Ouais ça va bien, et toi?”. Ça fait jamais plaisir de s’apercevoir qu’un ami t’a menti… Déjà que j’avais pas tellement envie de le voir… 

Il me dit “Je comprends pas pourquoi ça va pas : je suis marié, j’ai un gamin adorable, un boulot bien payé et des collègues sympas, mais j’ai l’impression de servir à rien!”

Le hasard fait bien les choses parce qu’après mon bac moi j’ai vite fait pensé à faire une fac de psycho. Donc je me suis dis “Alex, c’est le moment de mettre en pratique ce que t’as pas appris”.  

Alors la première règle que je n’ai pas apprise mais qui est la plus importante, c’est « désamorcer la bombe », pour le rassurer. Donc, je lui dis “Tu sais Fabrice, moi non plus ça va pas toujours très bien ». Bon, entre nous, c’est moins surprenant : j’ai pas d’enfant, je suis pas très bien payé et à part Léïla, mes collègues sont antipathiques… donc le résultat est conforme aux attentes… mais je lui dis « Toi, t’as tout pour être heureux ! T’as vu c’qui s’passe dans le monde, y’a des millions de gens qui souffrent… » 

C’est ce qu’on me disait quand j’étais petit pour que j’arrête de me plaindre. Et ça marchait à l’époque, sauf que lui il me répond « Super ! Sous-prétexte que y’a plus malheureux que moi ailleurs, moi j’ai pas le droit d’être malheureux ? » 

Oh la réplique! Mais pourquoi j’ai pas répondu ça à mes parents quand j’étais petit ?

Il a raison ! Ils sont pénibles les malheureux d’ailleurs à nous empêcher d’être malheureux chez nous ! Comme si y’avait une quantité limitée de malheur et qu’il fallait partager ! Eh, le malheur c’est comme le Joker, tout le monde y a droit hein ! 

C’est comme les contre-exemples, on s’en passerait bien parfois! Parce qu’il en suffit d’un pour plomber une théorie ! On dit que les chiens font pas des chats, mais si demain une chienne donne naissance à ne serait-ce qu’un chaton, on pourra plus le dire ! Et on dira quoi à la place ? Oh bah lui, il est bien comme son père « les chiens font pas des canards ! » 

À moins que le chaton ne devienne l’exception qui confirme la règle – et c’est là qu’on voit le génie de la langue française. Si demain une chienne met au monde un chaton, non seulement la règle existe encore, mais en plus elle est confirmée ! Eh, j’ai eu chaud à la tête en l’écrivant cette chronique. 

Bon c’est intéressant tout ça mais mon Fabrice il allait pas mieux. Alors j’ai tenté des questions plus perso : "Dis-moi Fabrice, (faut prendre une voix douce quand tu veux aller au fond des choses)... Fabrice, tu as déjà rêvé que ta mère mourrait écrasée sous un caddie de supermarché? Quand tu vas aux toilettes chez tes parents, tes selles sont bien moulées ou plutôt molles?" C’est des vraies questions de psy, j’invente rien. 

Bon finalement il m’a dit “On va arrêter là Alex, ça va déjà mieux…” Soulagé en une séance mon Fabrice, comme quoi, j’ai pas pas fait psycho pour rien moi!

Allez, bonne journée, et molo sur la pizza, si on en avait mangé moins on en serait pas arrivé là.

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