A l'instar des manuels de management, Frédérick Sigrist vous propose une leçon pour apprendre à devenir un bon dictateur, et nous enseigner la différence infime qui sépare une dictature d'une démocratie.

Sachez, Nagui, que je ne suis pas dupe… Ce n’est pas parce que pendant toute une émission, vous allez répéter, avec la complicité honteuse de Jonathan Lambert, que les dictateurs sont hilarants que ça va rendre votre management de l’équipe de la Bande originale plus sympathique !

Si Jean-Baptiste Bussiere, notre rédac' chef, n’était pas actuellement en train de vous servir de fauteuil - ce qui ne se voit pas à la radio ! - je suis sûr qu’il pourrait vous dire que la drôlerie des dictateurs reste toute relative. Non Monsieur Lambert, ne vous en déplaise, les dictateurs ne sont pas drôles.

On a rarement vu le public se taper le cul par terre devant un discours d’Amin Dada. Je doute que Bachar Al Assad ai fait un aussi bon chroniqueur que vous dans On est pas couché.

En général, quand un humoriste propose sur scène d’envahir la Pologne, au pire les gens ne rient pas, au mieux les journalistes louent son esprit caustique et irrévérencieux qui n’est pas sans rappeler Desproges ou Coluche. Un humour qui fait, ouvrez les guillemets, tellement de bien dans le politiquement correct ambiant, fermez les guillemets. 

Il est assez rare que l’humoriste provoque une guerre mondiale. Si il participe à un dossier Peut on rire de tout dans Le Parisien, c’est le bout du monde. Mais d’ailleurs, avant de poursuivre, peut-être devrions nous définir plus précisément ce qu’est un dictateur. Si on s’en réfère à la définition du Larousse… Je précise que le Larousse, pour les spectateurs d’NRJ 12, c’est un livre dans lequel on retrouve l’orthographe exact des mots dont vous ne vous servez pas. Donc selon le Larousse, un dictateur c’est un chef d’état qui exerce le pouvoir seul sans séparation des pouvoirs. Rien à voir avec notre beau pays où Emmanuel Macron doit composer avec un parlement belliqueux majoritairement rempli par des députés En Marche et un premier ministre charismatique.

Ensuite, le dictateur a un fort penchant au narcissisme et au culte de la personnalité. Le dictateur aime se voir déifié ou grimé en monarque sur la une des magasines. Une fois de plus, on ne peut que se féliciter de ne pas voir ça chez nous.

Autre différence, le dictateur a la main mise sur les médias… Ce qui Dieu merci n’est pas le cas chez nous, les médias français appartenant majoritairement à des marchands d’armes ou des chefs d’entreprise qui se contentent bien souvent de financer la campagne de celles et ceux qui désirent être élu.

Très important, pour être dictateur, il vous faut une armée. Vous pouvez avoir toute l’autorité et le charisme du monde, si à côté de vous, il n’y a pas des mecs en uniforme qui tiennent des fusils, ça ne marche pas. Des études ont été faites. Dans une formation lambda, l’auditeur moyen relâche son attention au bout de 25 minutes… Et bien, il peut tenir 25 ans si le formateur est armé.

Le 14 juillet, c’est un peu la réunion Tupperware des dictateurs.

Alors attention, le label dictateur n’est pas éternel, c’est comme les étoiles du guide Michelin, chaque année ça change… Il y a des signes qui ne trompent pas, si vous commencez à avoir des prospectus Total, GDF ou Areva dans votre boîte aux lettres, méfiez vous, c’est que vous être en train de sortir de la liste officielle des dictateurs. Faites attention parce tout ça peut se terminer par une invitation sur les Champs Elysées le 14 juillet.

Ali Bongo, Bachar El Assad, Denis Sassou N’Gesso, ils se sont tous fait avoir… Faut dire inviter des dictateurs au 14 juillet, c’est une tradition française. Là où les États Unis adorent envoyer leur armée bombarder des dictateurs, nous en France on est plus dans une démarche éco-responsable. On fait venir le dictateur, on le met sur une estrade et t’as notre armée qui passe devant en lui faisant les gros yeux.

Comme ça quand il rentre chez lui, il sait qu’il faut pas nous faire chier et qu’on a une avenue hyper bien protégée un jour dans l’année. Et puis, si au passage, si il peut nous acheter 2,3 tanks et 4 rafales, ça fait pas de mal à l’économie. Le 14 juillet, c’est un peu la réunion Tupperware des dictateurs.

Alors heureusement, si vous avez perdu votre place au classement mondial des dictateurs, tout n’est pas perdu, vous pouvez la récupérer ! Le président Syrien et Kadhafi nous l’ont prouvé. Autre moyen,  de rentrer illico en tête du classement des dictateurs : être classé par les États-Unis sur l’axe du mal. Alors ça, c’est le sésame ! C’est la palme d’or des dictateurs ! C’est une récompense pour l’ensemble de ton œuvre !

Heureusement, nous Français, nous sommes en démocratie. Par exemple le 28 mars dernier a été adopté à 46 voix contre 20 une proposition de loi visant à protéger « le secret des affaires » et qui permettra aux entreprises d’attaquer en justice les lanceurs d’alerte qui révéleraient des scandales d’évasion fiscale ou des scandales sanitaires. Le taux d’absence dans l’hémicycle était de 88%.

Comme quoi la démocratie peut vite ressembler à une dictature quand les gens oublient de voter.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.