Frédérick Sigrist pousse un cri du cœur : Halte aux diktats de la beauté ! Ce cri remonte à la cour du collège et il s'est propagé jusqu'à aujourd'hui dans son métier de comédien.

Ce matin, après avoir passé 45 minutes à négocier avec une gamine de 4 ans pour qu’elle mette un pull plutôt qu’une robe à manche courte sous prétexte, je cite, que ça la rend plus jolie, même quand il fait -5 dehors. Je l’affirme bien haut, j’en ai assez du diktat de la beauté : à la télévision, des beaux ! Dans les magazines, des beaux ! Même chez les humoristes maintenant, pour sortir 3 vannes, faut avoir un physique de mannequin slip ! J’en peux plus !

Il faut dire que j’ai jamais été beau. Enfin, je veux dire j’ai jamais fait parti du club officiel des ados beaux et populaires. Je suis pas moche non plus, je vais pas exagérer mais soyons honnête, je suis plutôt quelconque... Si j’étais une ville, je serai Longjumeau. On connaît de nom mais on ira pas là-bas en touriste.

Adolescent, j’étais un peu gros, avec des grosses lunettes, toujours à ouvrir ma bouche pour dire des conneries... Enfin bref rien à voir avec aujourd’hui ! Et je peux vous dire qu’à l’âge adulte, aucune amie d’enfance n’est jamais venue me dire : « Tu sais Frédérick au collège, j’étais secrètement amoureuse de toi ! »

Vous savez qu’au lycée, je me suis déjà pris un râteau d’une nana à qui j’avais jamais demandé de sortir avec moi. À qui ça arrive ça ?! Ça m’a troué le cul, je savais plus quoi dire. J’étais en train de me dire : « Non c’est pas en train de m’arriver ! Je suis pas en train de me prendre une lettre de refus alors que j’ai même pas postulé ! C’est l’humiliation totale ! »

En plus j’avais un pote au collège, Michael Phillipy... Lui, par contre, avait tous les stigmates du beau gosse. Blond aux yeux bleus, sportif, sympa, marrant... Un sourire à te vendre des assurances. Toujours des fringues de marque Oxbow ou  Quicksilver et il écoutait Jamiroquai alors qu’on était dans un collège de ZEP et qu’on était branché Secteur Ä.

En hiver, ses parents avaient les moyens de l’emmener au ski. C’est clair avec les autres élèves, on le regardait comme les gorilles regardaient Mowgli dans Le livre de la jungle.

« Il vit parmi nous, mais il n’est pas comme nous ! »

Et on était pote ou disons plutôt que j’étais son accessoire pour sortir. Dans le magasin, on avait dû lui dire: « Écoutez, prenez le Sigrist, ça met votre physique en valeur! »

Si une fille me plaisait et que j’avais le malheur de lui dire, la semaine d’après il sortait avec. J’étais son dénicheur de talent. Le Dominique Besnehard de la baise. À la chasse à cour, j’étais son clébard. C’est moi qui courrait en tirant la langue mais c’est lui qui tirait un coup.

Bon et bien pendant très longtemps, c’est pas glorieux mais j’ai espéré que la Vie lui fasse ce qu’elle fait à tout le monde. Je me disais : Logiquement, si il y a une justice, il va prendre 40 kilos, il va perdre ses cheveux et le dimanche, il fera du tuning sur le parking du Auchan à Longwy.

Et bien il y a deux mois, sur Facebook, j’ai vu une photo de lui torse nu en train de faire du paddle... à Genève.  Le mec non seulement, il a tout ses cheveux mais en plus il a une grosse barbe de hipster. La mienne à côté, c’est un terrain vague. C’est un paysagiste qui s’occupe de ses poils le con. Et puis le corps du gars !

Si je vous demande de le dessiner en n’utilisant que les touches d’un clavier Azerty, vous allez utiliser que des / et des +! Alors que chez moi, t’as juste besoin des ( ) et du . Je vous jure, ça m’a déprimé... Et voilà pourquoi ce matin, je vous le dis ce diktat des canons de la beauté, j’en ai plein le BIP.  Car en plus dans le métier, c’est pareil.

J’ai passé quelques castings pour des pubs ou des séries télé. A chaque fois, il cherchait un métis et donc vu que par agence, dans les fichiers on est 2 ou 3, dont un qui l’est même pas, mais qui a donné une photo trop sombre, c’est toi qu’on appelle. Et moi en général, quand j’arrive, on me dit :

- Ah pardon monsieur, mais on avait demandé un métis pour le rôle.
- Et bien, ça tombe bien parce que je le suis!
- Oui, très bien...mais ça se voit pas! Donc vous comprenez bien que quand le cinéma fait l’effort d’embaucher une minorité visible, on aimerait au moins que ça se voit.

Même ce que je suis... Je le joue pas bien ! 

J’ai un pote comédien noir, lui sa formation d’acteur, c’est pas le cour Florent, c’est le club Med Gym. Il passe plus de temps sur un tapis qu’un musulman pratiquant. Quand je lui ai demandé pourquoi il faisait autant de sport, il m’a répondu :

« Écoute Fred, je peux pas me permettre d’être noir et moche, c’est trop en demander à un réalisateur. Quand t’es noir, si tu veux un rôle, il faut que tu correspondes aux fantasmes que la prod' blanche a sur les noirs ! Et le fantasme, c’est quoi ? Shaka Zulu qui court en pagne dans les plaines du Serengeti ou Kirikou qui aurait terminé sa croissance! Un physique d’athlète ! Ça et une grosse bite.

Bref je ferai jamais de cinéma..

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