A l'occasion d'un dîner entre amis avec enfants, Frédérick Sigrist a assisté à une scène qui a relancé chez lui une réflexion sur la fessée.

Ce week-end, on est allé manger chez des amis, ma femme, mes enfants et moi. Des amis qui ont bien évidemment des enfants eux aussi.. .car c’est un peu une règle tacite entre individus. En fonction de son âge, on assiste à une ghettoïsation des rapports humains. Les célibataires fréquentent des célibataires. Les parents fréquentent d’autres parents. Albert lui va à des enterrements. C’est le cycle naturel de la vie, on se mélange rarement.

La dernière fois que j’ai proposé à Leïla de venir manger à la maison dans le 91. Elle s’est mise à pleurer et m’a dit : « Qu’est ce que je t’ai fait?! »

Donc samedi dernier, on était chez des amis, enfin des amis... Disons plutôt des codétenus incarcérés dans la même cellule familiale. Ça se passait très bien. L’ambiance était bonne ! Ils avaient la playlist France Inter et ils avaient eu le bon goût de pas la mettre, bref tout allait bien...

Et soudain, on a entendu des pleurs, une dispute, ma fille de 8 ans a débarqué en larmes... Oh rien de grave, des histoires d’enfants : « Il m’a piqué mon shit, elle veut pas prendre la pilule du lendemain »... Enfin, rien de méchant.

Et là, le père de famille s’est levé, il a pris son fils d’une main et de l’autre sans qu’on ait le temps de dire "ouf" il lui a flanqué une fessée de bûcheron. 50 nuances de Grey dans sa version père Albert ! Vous voyez comment on tapote le cul des bouteilles de ketchup pour faire descendre ? Et ben le pauv’ gosse à ce moment là, je crois qu’il aurait préféré être une bouteille de ketchup.

Il l’a lâché, il a envoyé le môme dans sa chambre et a repris la conversation comme si de rien n’était. Complètement détendu. Christian Bale dans American Psycho.  Le mec vient de confondre son fils avec un tapis qu’on dépoussière et il veut qu’on continue à manger nos blinis comme si de rien n’était. Il a du sentir qu’on avait tiqué. Ça, où il a vu ma femme prendre son manteau...

Il nous a dit comme pour se justifier : "Il est insupportable en ce moment." 

Ce à quoi j’ai eu envie de répondre « Ah bah pourquoi tu l’as pas dit plus tôt ? Dans ce cas, viens j’ai une barre de fer dans le coffre de la voiture, on va le terminer dans sa chambre si tu veux ! »

Il a ajouté:  « Moi aussi je me suis pris des fessées quand j’étais petit, j’en suis pas mort ! » En voilà une phrase qu’elle est con. Qu’est qu’on a le droit de faire dans la vie ? Tout ce qui tue pas...  Avec une philosophie comme ça, le code pénal, ça tient sur un post-it.

"Rouler bourré...pourquoi pas ? J’en suis pas mort !"
"La drogue... pourquoi pas ? J’en suis pas mort !"
"Coucher avec Daniel Morin, pourquoi pas..." Non je déconne, ça c’est dangereux !

Alors attention, ça m’a choqué mais uniquement parce que j’étais pas à sa place. Parce que c’est hyper facile d’avoir des grands principes quand c’est pas ton gosse. Si ça se trouve le gamin au quotidien, c’est Chucky. Il mort les chiens au visage dans la rue. Il parle à Satan en araméen ! Ça justifie pas mais on peut comprendre...

Des fois, dans la rue, tu croises des pères ou des mères de famille, leur gamin il hurle en se roulant par terre. T’as l’impression qu’on a fusionné un supporter de foot avec un joueur. et t’as toujours une petite vieille qui passe par là en hochant la tête... Tu sens que là, c’est pas qu’un gosse, c’est tout le laxisme du XXIe siècle qu’elle est en train de juger.

Et moi dans ces moments là, j’ai toujours envie de me transformer en Eric Dupont-Moretti, vous savez l’avocat ? « Attendez madame! De nombreuses pièces n’ont pas été versées à l’affaire ! Et puis nous on élève peut-être mal nos gosses mais on a pas collaboré avec les Allemands! Bim! »

Le problème, c’est que quand tu as été victime de violence quand t’étais gamin et bien sans que tu le veuilles, tu as tendance à reproduire. Moi par exemple, mon père était violent parce qu’il avait été élevé comme ça... Pour lui, une ceinture, ça tenait les pantalons et les enfants. Je sais pas si les pères qui portent des bretelles ou des pantalons taille basse sont plus affectueux.

Bon ben aujourd’hui, je sais qu’en cas de stress, il m’arrive encore assez régulièrement de me retrouver en carence de vocabulaire et de ponctuer certaines de mes conversations entre adultes d’un poing... dans la gueule. La violence chez moi, c’est comme les vêtements improbables chez Nagui, si on cherche, on en trouve plus vite qu’ailleurs. Je le déplore, je travaille là-dessus, mais je sais d’où ça vient !

Il y a des gens, quand leur télévision à tube cathodique fonctionnait mal, il tapait dessus pour la refaire marcher. Bon aujourd’hui, on a inventé les écrans plats donc ils font plus gaffe. Malheureusement, on a pas encore inventé les enfants plats.

Donc en attendant, évitons de claquer des enfants qui ne le méritent pas quand il y a tellement d’adultes pour lesquels il y a des claques qui se perdent!

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