Sur la route chacun considère que c'est son propre territoire ce qui fait fuser les jolis noms d'oiseaux en cas de conflit....

La semaine dernière en rentrant de ma chronique j’ai croisé deux personnes qui se disaient bonjour en parisien : ils s’insultaient à côté de leurs voitures si vous préférez.

Alors devant cette altercation qui risquait de dégénérer, j’ai fait ce que n’importe quel être civilisé ferait à ma place : j’ai ralenti et j’ai regardé.

Je me suis quand même dit « si quelqu’un intervient pour les séparer, j’interviens aussi ! ». Du coup on était pas mal à se regarder en se disant « s’il intervient, j’interviens ».

Quand y a un conflit dans la rue, on est tous des casques bleus : on est là, avec plein de bonnes intentions, mais on sert à rien.

Entre temps les deux autres se sont calmés, putain pile quand j’allais y aller.

Ils sont remontés dans leurs voitures en se balançant quand même quelques noms d’oiseaux :

« Faucon !

- Sale merle !

- Fils de buse!

- Gros canard ! 

- Je vais t’épervier ! 

- Ouais c’est ça pète moi l’hirondelle !

- Grue cendrée !

- Marouette de Baillon !

- Locustelle tachetée ! »

Oui c’était des noms d’oiseaux très précis, apparemment on avait affaire à des ornithologues motorisés. 

J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai attendu que l’un des deux parte pour aller voir l’autre.

« Que s’est-il passé ? » lui dis-je.

« Je regarde souvent chasse et pêche, du coup je m’y connais un peu en volatile » Me répond-il.

« Mais non, avant. Pourquoi vous êtes-vous écharpés ? » Le reprends-je.

« Ah ça ! C’est parce qu’il s’est inséré dans ma file sans mettre son clignotant »

Et c’est tout. 

S’il avait dit « il s’est introduit dans ma FILLE sans mettre son clignotant », j’aurais pu comprendre sa colère, ça se fait pas, mais là…

Deux adultes ont failli se mettre sur la couenne parce qu’il y en a un qui lui avait coupé la route. 

C’est fou comme on devient con quand on est sur 4 roues.

Les queues de poisson font disjoncter les cervelles de moineaux.

Ah ben sur la route y a que le bison qui est futé.

Alors vous aurez remarqué que je fais beaucoup dans la référence animalière, c’est mon petit côté Jean de Lafontaine. 

Chez moi j’ai aussi des perruques poudrées, des chemisiers à jabot, des candélabres, ça c’est mon petit côté Jean de Lafistinière.

En parlant d’espace commun, y a un lieu commun sur la route c’est que chacun est sûr et certain de conduire mieux que tout le monde.

Et on ne roule pas sur LA route, on roule sur SA route.

Y a une hiérarchisation des connards sur la route de toute façon, au sommet des connards y a les animaux. Eux ils s’en branlent, il suffit qu’un panneau les annoncent et ils peuvent traverser où ils veulent et quand ils veulent pendant 10 kilomètres : « balec je suis une biche ! ». 

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