Guillermo Guiz et Elon Musk ont peut-être des choses en commun mais ce qui est évident, c'est qu'il ne s'agit pas de l'ambition. Si l'un envoie sa voiture dans l'espace, l'autre n'arrive pas à l'envoyer au contrôle technique.

Alors vous me connaissez, je suis en pleine trentaine molle et déclinante. Si mon corps était un plat, ce serait tellement une blanquette de poulpe. Je me laisse aller, je regarde Netflix, j’attends la mort. Parce que je sais que je n’aurai pas d’impact sur le destin de l’humanité, contrairement à Elon Musk,  vous savez comment je le sais ? 

Parce qu’il a envoyé une voiture dans l’espace. Et que moi j’ai du mal à envoyer la mienne au contrôle technique, ça c’est un signe ! C’est un signe qu’on n’a pas la même ambition posthume. Moi, sur mon épitaphe, il y aura juste écrit : « en tout cas, il se sera beaucoup masturbé », point barre. Y’a personne qui me regrettera à part l’actionnariat de Dove et de Sopalin.

Sérieux, neuf secondes après mon enterrement, les gens se diront : « Guillermo Guiz ? C’était pas genre une sorte de poisson chelou d’Amérique centrale ?» Et ça se joue dès l’enfance ces choses-là. J'imagine toujours Elon Musk à l’école maternelle : 

- Et toi Elon, tu vas faire quoi plus tard dans la vie ?
- Coloniser Mars mon pote !
- Ah c’est formidable, tu veux devenir astronaute comme Dylan et Matteo !
- Mais quel astronaute !  Moi je serai propriétaire de fusées, les astronautes ce seront mes biatch !
- D’accord Elon, prends ta Ritaline ?  

Il a raison Elon Musk, l’occasion fait le larron. Il s’est dit : « Je fais quand même rien avec ma fusée, elle traîne là depuis deux mois sur le parking de Leroy-Merlin à côté de mon TGV et de mon diplodocus, c’est con de pas en profiter ».

Y’a des humains qui se disent : « Tiens, je me fais un kiff, j’essaye de trouver un logement pour la nuit ». Y’en a d’autres qui se disent : « Tiens, je me fais un kiff, je vais trouver une orbite pour ma voiture ». Dans le règne animal, on est les seuls à avoir des kiffs aussi disparates entre individus d’une même espèce. Vous allez me dire que je suis obsédé par les canards, mais partout dans le monde, les canards ils ont des kiffs de canards. Y’a jamais un canard qui se dit : « Moi, mon kiff, ce serait de traverser cette mare à 60km/h,  je vais te construire un petit pédalo à moteur adapté à ma morphologie de canard, derrière, au culot, je me tape un cygne».

Non, à Fréjus ou à Moscou, les canards ils sont terre à terre. Ils se disent : « Bon, tu sais quoi, on des pieds palmés, ben, c’est déjà pas mal, on flotte quand même vachement mieux que la moyenne des animaux, merci Dieu, on va faire avec ». C’est vrai, ils font leur life et c’est très bien, mais derrière, les canards faut pas qu’ils se plaignent de finir en numéro 8, 19 et 31 sur la carte d’un restaurant chinois. Parce que c’est l’utopie qui fait avancer les espèces, et moi je n’en ai jamais eue. 

Moi quand j’étais petit, je croyais que bêtement je deviendrais footballeur, ben voilà, regardez où j’en suis aujourd’hui...  Je fais une chronique dans l’équivalent radio des Douze coups de midi. Je prends ce qui vient dans la vie. Je me rappelle le jour où France Inter est venu me chercher en me disant : « Y’a une place qui se libère dans l’équipe, tel ou tel chroniqueur a dû faire un séjour en HP, blablabla, apparemment c’est pas que de la faute de Nagui, blablabla, le salaire ? Bahhh, faut juste imaginer que t’es un enfant bangladais, et tu vas trouver ça correct, blablabla ».

Je me suis dit bon, pourquoi pas, si je fais une chronique sur Inter, ce sera toujours une chronique que ne fera pas Daniel Morin, chacun aide la communauté comme il peut. Je n’ai peut-être pas d’ambition, mais j’ai le sens du service public. Moi, ça me fascine les gens qui se fixent des objectifs de vie ou de travail.

Genre j’ai un pote péruvien, professionnellement, il a un rêve : c’est de devenir un jour testeur de vodka entre les seins de Penelope Cruz, c’est son dream job. Et chaque fois qu’on se voit, je lui dis : « Ernesto...  Je vais pas te mentir, être alcoolique ET sexiste en 2018, c’est à la frontière de l’hors-contexte, va falloir bosser dur si tu veux un jour tester de la vodka entre les seins de Penelope Cruz, elle reçoit 50 CV par jour, c’est dix de moins que Leila mais ça reste une somme, Ceci dit, suis tes rêves Ernesto, regarde Elon Musk ».

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