Guillermo Guiz donne à Agnès Jaoui ses conseils de spécialiste de l'opéra.

Ça va les amigos ? Moi ça va ! Je suis à 40 cm d’Agnès Jaoui, que j’admire beaucoup. Et vous me connaissez, je n’ai jamais été dans la flagornerie avec les invités, quand on a reçu Jean-Marie Le Pen, pour Casse-Noisette, je me rappelle, Nagui était comme un fou, moi j’avais émis des réserves, je trouvais que Bruno Golnish, dans le rôle de Clara... Sur papier, tu disais : « Evidemment ! » mais dans le rendu... 

Pareil ici, je viens de le dire, Agnès Jaoui, je suis fan, mais pour avoir eu la chance d’assister à une répétition du Tosca de Puccini que vous allez mettre en scène, y’a des fois où je me suis dit : « Ah... Moi je n’aurais pas fait ça comme ça... » Je vous voyais un peu tâtonner sur les intentions de Puccini, dans ma tête, j’étais là : « Agnès... Si ça ne va pas, demande-moi, Agnès, demande-moi » 

Je comprends que vous avez votre fierté hein, on n’a pas toujours envie de consulter les spécialistes... Mais bon, à un moment, faire chanter les gens sans micro... En 2019 ! 

Bon, je dois vous avouer un truc... « Quoi, tu te mouches dans tes chaussettes ? » Aussi, aussi ! Parfois ! Et alors ? Y’a pas de honte ! Michel Berger a écrit une très belle chanson sur notre communauté ! Non, ce que je veux vous avouer, c’est que de toute ma vie, je ne suis jamais allé à l’opéra. Restez assise Leila, je sais que je vous dégoutte et que vous n’avez pas signé à Inter pour travailler avec un minable... Mais je n’ai jamais reçu les codes de la grande culture, Leila, vous savez moi j’ai été élevé dans un chenil, avec des huskies, on n’allait jamais à l’opéra. 

Ah bah oui, forcément, avec tous ces chiens ! Le premier acte, ça va encore, mais, ces bêtes, elles veulent faire une promenade ! C’est intimidant, l’opéra, quand on n’a pas les codes, moi j’aurai toujours l’impression d’être en décalage avec un monde auquel, au fond de moi, je sais que je n’appartiens pas.

J’en parlais avec l’archevêque de Paris, qui a le même problème à la Gay Pride, il me disait : « Ernesto, là tu me vois sur ce char, avec une fausse teub en latex, mais au fond de moi, tout ce que je veux, c’est rentrer au diocèse ». Je lui faisais : « Je sais Monseigneur ! Après, Gloria Gaynor, c’est vrai que vous le tenez bien ». Il me disait : « Ah... C’est pas qu’une question de disco ». 

Et c’est vrai que c’est une question de codes. Par exemple, à chaque fois qu’on m’invite dans un concert de musique classique, je me sens débile. Déjà, parce que je ne sais jamais à quel moment il faut applaudir. C’est la honte ! Genre un jour, par hasard, je me suis retrouvé je sais plus où, au concerto pour poêles à frire de je sais plus qui, un nom en ski ou en ev, Trotski, Haroun Tazieff... Et au piano, y’avait un petit virtuose, il devait avoir 17 ans et demi, tu sentais que ça faisait 18 ans qu’il faisait des gammes - lui il faisait des gammes intra-utérines, il est sorti il a joué Frère Jacques pour la sage-femme ! Bon, là, il joue, il joue, c’est beau, c’est intense... 

A un moment, le petit virtuose arrête de jouer. Je me dis « Tiens, la chanson est finie, je vais applaudir ». Moi, je suis un garçon simple, j’aime les féculents. Dans ma tête, on applaudit après les chansons, non ? Même au concert de Bénabar, ne fut-ce que par politesse. Sauf que là il arrête de jouer, et je vois que personne ne bouge, grand silence, et je regarde les gens l’air de dire : « Quoi... C’était pas bien ? » 

J’en sais rien, peut-être on lui demandait du Chopin, il a joué du Manoukian, je n’y connais rien. Là on m’a dit : « On n’applaudit qu’après les mouvements... ». J’ai dit « Waw... C’est confus cette phrase ! »

Les codes de ce monde-là sont étranges. Genre avant le concert, y’a une dame qui présente le spectacle et qui dit : « Pour le confort de l’artiste, je vais vous demander ne pas tousser pendant sa prestation... ». Là, je me suis dit : c’est quand même chaud non, de ne pas tousser, genre, bête exemple, quand tu dois tousser... Peut-être que je coupe les cheveux en quatre, mais là elle l’a présenté comme si c’était un péché mignon, genre: « Je sais qu’on aime tous tousser, je suis comme vous, j’adore tousser, mais pas pendant le spectacle... On va le faire proprement, après le spectacle, on vous a prévu un petit salon de toux, des cigares, du miel... ».

Et de fait, personne n’a toussé pendant la représentation. Mais à la seconde où le petit pianiste s’est arrêté de jouer, ça a été une déferlante de toux, je n’ai jamais vu des poumons aussi disciplinés, y’en a qui prenaient des toux d’avances pour le prochain concert. Et je me disais, c’est pas mes codes. Je ne sais pas si on arrive à se défaire vraiment d’où on vient, mais c’est cool Agnès que vous posiez la question.

Allez bonne émission ! 

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