Marina Rollman est une humoriste, une humoriste qui chante aussi. Qui pense le monde, qui s'émerveille en lisant les magazines scientifiques et qui partage ses découvertes avec vous.

Les amis, lundi dernier j’ai joué à l’Olympia. C’était dans le cadre du festival d’humour de Paris, une soirée spéciale France Inter. On a fait des blagues. C’était faussement de gauche. Certains étaient drôles, bref super. Mais figurez-vous que sur l’initiative de ce monstre de perversité capillaire qu’est Alex Vizorek, j’ai également chanté. A l’Olympia. Avec André Manoukian au piano.

Alors les esprits chagrins tels Tom Villa vous diront que cette performance m’a valu une nomination pour un malaise d’argent au festival des mélomania de la Roque-sur-Plâtre. Mais je suis pas d’accord. La France est quand même le pays où une comédienne sur deux, après 10 ans de carrière, trébuche pendant une laryngite et paf en sort un album qui finit disque de platine.

Prenant ça en compte je trouve que j’ai fait le boulot. Et ça me travaille depuis 4 jours au point que je crois que cette soirée ça a un peu été mon Tchao pantin. J’en ai assez de tourner en dérision le monde qui nous entoure. Finalement, l’humour n’est il pas une dérobade, une distanciation, une fuite hors du monde ? Pourquoi on perd notre temps à ricaner alors qu’on pourrait faire des figurines en pâte à sel, jouer de la cornemuse, se faire harceler à une soirée des Césars du court métrage, célébrer l’univers en récitant des haïkus sur une digue.

Et alors que je songeais à ça, à l’indicible qui nous file entre les doigts, à l’ivresse d’être pourvu de sens et de pouvoir en jouir pendant les quelques années d’une vie humaine, ce battement de cils qu’est l’existence, si brève quand on la replace dans la durée de l’Histoire de l’univers… Et alors que, pour être honnête,  je commençais un peu à me faire chier en songeant à ça donc, je suis tombée sur un article qui disait que la manière dont l’explosion d’une supernova dispersait les vents galactiques est similaire à la manière dont les vagues se propagent dans l’océan. Et donc, par extension à la manière dont les fluides se déplacent dans une cellule.

En d’autres termes pour les 2/3 abrutis qui logent autour de cette table : de l’infiniment grand à l’infiniment petit, l’essence du mouvement est la même, confirmant l’intuition primale donc que nous sommes connectés à un grand tout. Que la violence et les luttes sont donc parfaitement inutiles puisque je suis toi, tu es moi, nous sommes le cosmos.

Et alors que j’étais chez moi, émue aux larmes par la beauté de cette nouvelle et à la fois apaisée comme si on me révélait quelque chose que j’avais toujours su… Sur le point d’enlever mes vêtements, de m’enduire de peinture et de me frotter sur les murs pour célébrer la vie, le monde, ce continuum dont nous faisons tous partie. La page d’après de ce magazine scientifique m’apprenait que les concombres de mer respirent par l’anus.

Tout le monde voit ? C’est des animaux marins qui pour les plus jolis ressemblent à des grosses chenilles et pour les moins gâtés à des pneus. Et quand j’ai lu ça donc… Les concombres de mer respirent par l’anus. Je me suis dit : Oui le monde, c'est beau. Mais c’est marrant aussi un peu.

A tous ceux qui se réjouissent du weekend pour profiter des leurs, aimez-vous les uns les autres. Et à tous ceux qui se réjouissent de la fin de la semaine parce qu’elle était pénible, pensez à nos frères, les concombres de mer.

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