La semaine dernière Marina Rollman a perdu son téléphone portable. Elle a donc vécu une semaine sans téléphone portable. Elle raconte sa nouvelle vie déconnectée.

Ça faisait quelques semaines que je me disais, en nous voyant tous dans la rue, les transports, au resto, le nez sur nos téléphones qu’on avait l’air un peu demeuré. Et il se trouve que dans la nuit de vendredi à samedi, j’ai perdu mon téléphone portable.

Certains y verront un acte manqué…  D’autres pointeront là la simple conséquence du fait, qu’à ce moment-là, dans mon système vasculaire y’avait plus de gin-tonic que d’hémoglobine. Mais ne finassons pas mesquinement et concentrons-nous sur les conséquences de cette perte. Puisque ça fait pile une semaine sans téléphone, alors qu’est-ce que ça change :

Eh bah on se sent beaucoup mieux.

Depuis je me balade dans la rue avec sur le visage une douce béatitude. Je suis à la fois pleine de sagesse, de douce ironie et de recul face aux petits travers pathétiques mais attendrissants de mes contemporains… Comme les femmes enceintes et les végétariens, je sais que je suis un être meilleur. Mais je ne vous blâme pas.

Depuis une semaine, j’ai en permanence le même sourire satisfait que je réservais jusque-là aux gens qui me parlaient d’une émission que je n’avais jamais vue et à qui je répondais :

“Je sais pas je…  connais pas … j’ai pas la télé”

Je suis tellement chic et hors du temps j’ai l’impression d’être Fanny Ardant… J’ai envie de m’inviter à dîner, m’emmener à Capri sur un coup de tête. Bref depuis que je n’ai plus de téléphone j’ai découvert cette petite communauté que sont les épicuriens technophobes, moins vulgaires que les gens qui le lendemain d’un marathon portent encore leur médailles. Plus casse-couille que quelqu’un qui a un compost. 

On est une vraie famille. Dans le métro on se reconnaît les uns les autres au fait qu’on a la main un livre, voire plus chic : un journal papier payant. Et on se lance des petites sourires entendus qui reflètent notre conviction d’appartenir à une race supérieure. Et ce snobisme nouvellement acquis me donne envie d’aller plus loin. Je me dis pas télé, pas de telephone…

Pourquoi pas plus d’ordinateur ? Pourquoi pas  : arrêter de prendre l’avion ? Pourquoi pas : devenir maréchal-ferrant ? En tout cas ma vie a déjà changé … Je fais plein de trucs nouveaux depuis une semaine.

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