Marina est heureuse d'accueillir sa filleule mais elle réalise tout ce qui implique l'arrivée au monde d'un petit être

La semaine passée la nouvelle la plus importante du monde est tombée : ma filleule est née.

Elle est évidemment brillante, drôle, curieuse, sublime…

Est-ce que j’avais quoi que ce soit à voir avec ça…

La science dirait non mais je vous laisse évidemment juges de cette question.

Moi ce qui me turlupine maintenant c’est de réaliser qu’il y a désormais cette enfant… 

Qui fête une semaine aujourd’hui bon anniversaire mon petit lapin.

Et donc ses parents, mais plus largement tous les gens avec qui elle entre en contact à partir de maintenant, moi y compris avons la lourde tâche de lui… apprendre le monde.

C’est-à-dire que là ma filleule, comme tous les bébés du monde mais en mieux, est un réceptacle quasiment vide.

Elle a évidemment déjà plein de traits qui sont à elle mais en termes d’infos pures, de hard facts…Elle sait assez peu de choses.

Et elle peut pas réellement aller à la pêche aux infos toute seule tout de suite. Elle a pas ouvert le New York Times ce matin avec les petites chenilles qui lui servent de doigts en disant “Han lala, ah ouais nan mais vu comme c’est parti là, la Chine et Hong-Kong ça augure un désastre”

C’est-à-dire qu’un bébé… a besoin de découvrir le monde, mais les informations c’est nous qui devons les lui donner. C’est-à-dire qu’il faut tout lui expliquer. Tout ce qui existe, il faut lui expliquer. TOUT.

Le fliiiip putain ! Par où tu commences ?

Juste les thermomix tu pourrais passer 5 jours dessus mais alors si t’as 5 jours sur les thermomix, combien de temps sur l’éthique, la macro économie ou l’Eurovision ? Ou les toasts ? Ou les funérailles vikings ? Ou Virginia Woolf ? Ou Nagui ? FAUT LUI EXPLIQUER NAGUI.

C’est étourdissant l’idée que tout ce qu’on sait… Et pourtant on sait déjà pas grand-chose, si on réunit les cerveaux de toute la bande originale on arrive péniblement à un quart du cerveau de Christiane Taubira…

Et pourtant tout ce qu’on sait…

Ma filleule, alors que je le rappelle c’est un être de lumière exceptionnel, ne le sait pas.

Là maintenant la responsabilité c’est de savoir si on va lui mettre des trucs bien ou des trucs nuls dans le cerveau.

Là maintenant commence à se jouer la différence entre dans 20 ans… 

Est-ce qu’elle participe à “Les ch’tis sur la station spatiale internationale”… 

Ou est-ce qu’elle planche sur des serveurs internets qui absorbent du CO2 et replantent des pivoines à chaque fois que quelqu’un tape teen dans youporn.

Alors je flippe d’autant plus que mon expérience pédagogique jusqu’ici se limite à un teckel.

Donc heu… Clairement ma filleule saura… Qu’on ne mange pas les frites imbibées de détergents qu’on trouve dans le caniveau après le nettoyage d’un restaurant…

Ma filleule saura qu’on ne hurle pas quand ton voisin 3 étages au-dessous met sa clé dans la porte…

Ma filleule saura qu’on ne monte pas sur le canapé si on revient de balade et qu’on s’est roulé dans une flaque…

Mais… C’EST PAS CA QUI VA L’AMENER A UN PRIX NOBEL LA PETITE.

De toutes façons on sait comment ça va se terminer cette histoire…

Comme toujours, on part plein de bonnes résolutions avec un enfant…

Tu les entends les parents parfaits…

C’est le concours du grand prix de la vertu Montessori…

“Nous avec Plume on fait sans écrans…”

“Nous avec Carolin on fait sans ondes…”

“Nous on a mis Sextan et Pornique dans un caisson de privation sensorielle jusqu’à leur majorité.”

“Nous on a acheté Augustin Trapenard et c’est lui qui fait l’école à la maison pour Harald et Iseult… Ils ont des cours de podcast, de permaculture et de chamanisme brésilien.”

Alors qu’en vrai, ma filleule, la vie j’imagine qu’elle va l’apprendre :

Un quart à l’école… La moitié via les écrans… Et le quart restants ce sera la grande sœur d’un pote qu’elle trouvera géniale à 12 ans, et qui s’avérera la reine des neuneus quand elle en aura 25… 

Et qui pourtant dans l’intervalle aura forgé ses goûts pour le restant de ses jours. Et personne aura beaucoup de contrôle là-dessus. 

Mais en attendant que ma filleule apprenne tout ça, en vrai je flippe pas, je sais que tout ira bien.

Parce qu’avec sa mère on s’est rencontrées on avait 6 ans… A l’époque elle non plus savait pas grand-chose et au final… Aujourd’hui, ma filleule, elle pouvait pas tomber sur une meilleure maman. 

  • Légende du visuel principal: Marina Rollman (capture d'écran) © Radio France /
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