Dimanche, Roger Federer a gagné son 20e tournoi du Grand Chelem. En Suisse, le ciment social aujourd'hui c'est le Tennis par Roger. Thomas Wiesel nous explique, à nous Français, ce que tout cela signifie.

Ces derniers jours, l’actualité en France, c’était : des gens qui se sont battus pour des pots de Nutella, 50 babouins qui se sont échappés du Zoo de Vincennes, dont un Ministre soupçonné de viol, la Seine qui déborde, et Jawad qui confond son procès avec le casting du Jamel Comedy Club. Quel pays formidable !

Mais en Suisse, il n’y en avait que pour un seul homme. Vous savez qui ? Roger Federer bien évidemment. Le plus illustre de mes compatriotes, Roger Federer a gagné l'open d'Australie. Ah oui pardon, je suis en France faut que j'explique : C'est du tennis. Je sais que vous avez surtout tendance à suivre les sports où vous êtes forts, donc ces derniers temps : le biathlon et le terrorisme.

Mais chez nous, c’est le tennis. Grâce à Federer, qui vient de gagner son 20ème tournoi du grand chelem hier. Ah oui, pardon, les tournois du grand chelem, c'est des tournois que les joueurs français gagnaient régulièrement dans les années 30. 

Bon d’accord, Federer a d’abord eu une demi finale facile contre le coréen Hyeon Chung, qui est pas seulement un joueur de tennis, mais aussi le nom de tous les coréens selon Michel Leeb. Chung est un joueur que j’aime bien. J’arrive à m’identifier à lui. C’est un des seuls qui joue avec des lunettes et il a dû abandonner parce qu'il avait des ampoules aux pieds.

Après Chung en demi, Federer affrontait en finale le croate Marin Cilic. Et là, moi je me suis dit : être en finale contre quelqu’un qui s’appelle Marin, c’est dans la poche. Demandez à Macron. Mais Cilic c’est un joli bébé, 1m98, des bras comme des éoliennes. C'est le contraire d'un garçon de café parisiens, son arme principale, c'est le service.

Il a bien joué, mais pas assez, et 3h plus tard, Federer a enfilé sa montre de luxe avant d’aller chercher sa coupe. Oui, parce que Federer c’est l’ambassadeur parfait, toutes les marques se l'arrachent. Quand tu regardes la télé en Suisse, il est dans tellement de pubs que t’as l’impression qu’il avec toi dans le salon et tu finis par lui proposer des chips.

Et vous avez vu ? Il a pleuré pendant son discours. C’est fou, il pleure alors que c’est la 20ème fois. Quand tu fais quelque chose pour la 20ème fois, normalement ça te fait plus le même effet. Moi, la première fois que j’ai vu Nagui en vrai, j’ai dû retenir mes larmes. Et là maintenant, ça va. Comme quoi, on s’habitue à tout. La première fois que j’ai fait l’amour, j’ai eu de la peine à retenir [s’interrompre]… Bon, mais au bout de la 20ème fois... Ben je vous tiendrais au courant, c’est bientôt j’espère.

Ah oui, j’en profite pour clarifier, parfois je lis dans la presse : le champion est né à quelques kilomètres de Mulhouse et il parle couramment notre langue, donc il est presque français. Ah c’est pratique ça, on peut aller plus loin. McEnroe, il râlait tout le temps, il est quasi français. Bjorn borg il est né en face d’un pôle emploi, il est quasi français.

Désolé, mais Federer, il est Suisse. Mais même plus que ça, Federer, c’est la Suisse. On a 4 langues, 26 cantons, pas grand chose en commun, des opinions politiques, des valeurs, des centres d’intérêts très différents. Le seul truc qui rassemble encore les Suisses : c’est les matchs de Federer. Tout le pays se réveille le dimanche matin, et au lieu d’aller à la messe, on allume la télé. Oui Federer, c'est un peu le messie de notre religion nationale. Sauf que Jésus jouait super mal au tennis. Pourtant avec les trous dans les poignets c’est aérodynamique.

Y a juste un truc que je comprends pas avec Roger, tout au long de sa carrière, il est allé chercher ses coachs en Australie, en Suède, en Croatie… et sa femme en Suisse, alors que si t'es malin tu fais le contraire.


Federer a gagné son premier grand chelem en 2003. Rendez vous compte, y a des gamins qui sont nés pendant le premier titre de Roger  et qui sont aujourd’hui assez vieux pour être tripotés par Kevin spacey.

2003… Entre le premier et le vingtième titre de grand chelem de Roger Federer, j'ai eu mon premier poil de barbe, j’ai perdu ma virginité, j’ai passé le bac (je vous dirais pas lequel des deux en premier, mais dans les deux cas, merci à ma prof de français), j’ai voté pour la première fois, j’ai vu Roger Federer jouer en vrai, j’ai abandonné toute ambition de carrière athlétique, j’ai eu un claquage musculaire en bâillant, j’ai eu mon premier poil de barbe blanc, j’ai cru que Roger prenait sa retraite, plusieurs fois, j’ai cru que Nadal allait battre ses records, j’ai cru que Djokovic allait battre ses records, j’ai cru que Tsonga allait batt... Non je déconne.

J’ai vécu la moitié de ma vie au rythme des titres de Federer et j’ai pas envie que ça s’arrête, Roger, je m’en fous si tu dois prendre des bains dans le sang de 18 vierges tous les soirs, faut que tu joues encore 15 ans, sinon le pays tout entier va s’effondrer. Ou pire, un français aura une chance de gagner un titre du grand chelem.

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