Pour bien commencer 2019, je ne pouvais pas résister à l'envie de vous parler de mon jeu vidéo préféré de 2018. Une expérience aussi joliment pixelisée qu'intense, qui met le joueur face à lui-même, face à ses propres limites, pour l'encourager à ne jamais cesser d'avancer... Dans tous les sens du terme.

Un jeu vidéo où chaque erreur est un pas en avant, jamais un échec
Un jeu vidéo où chaque erreur est un pas en avant, jamais un échec © Matt Makes Games

Ce n'est peut-être pas le meilleur jeu de 2018, pas le plus impressionnant, pas le plus célèbre, non, mais c'est mon chouchou, mon jeu vidéo doudou de cette année passée, celui qui m'a fait du bien comme un chocolat chaud accompagné d'une tarte aux fraises, le tout sous un plaid devant une cheminée. Un jeu qu'on doit à une toute petite équipe (Matt Thorson, Noel Berry et Lena Raine pour la musique) et qui pourtant m'a plus marqué que bien d'autres productions développées par des centaines de personnes.

Le jeu vous place dans les chaussures crantées de Madeline, une jeune femme rousse déterminée à gravir une gigantesque montagne, le Mont Celeste. Pour y parvenir, vous allez devoir traverser une série de niveaux dans un jeu de plateformes a priori tout simple, où vous pouvez sauter, vous accrocher aux murs, et utiliser un étrange pouvoir : une fois en l'air, Madeline peut se propulser une seule fois dans la direction de son choix. Tout ça dans un emballage joliment pixelisé, coloré, et une bande-son fabuleuse.

Méfiez-vous des apparences

Oui, "Celeste" est un jeu visuellement adorable, mais c'est avant tout un jeu difficile, autant que l'ascension de Madeline. Avant d'en voir la fin, vous allez mourir des dizaines, voire des centaines de fois. Chaque niveau est un petit puzzle dans lequel il faudra trouver la parfaite méthode pour traverser sans encombre.

Pourtant, le jeu n'est jamais frustrant. Il faut dire qu'il vous accompagne avec une bienveillance rare, notamment avec ce message dès le début du jeu, qui s'adresse autant à Madeline qu'au joueur : "Respire bien. Pourquoi es-tu si nerveuse ? Tu peux le faire."

À chaque échec, le jeu vous permet de recommencer presque immédiatement. Il n'essaye jamais de vous punir, juste de vous pousser à être un petit peu meilleur à chaque fois. Si besoin, il propose de vous donner un coup de pouce discret en facilitant certains passages. Globalement, "Celeste" présente vos échecs non pas comme quelque chose de négatif, mais comme autant de petits pas vers la réussite, des signes de votre persévérance, dont il ne faut jamais avoir honte mais au contraire être fier.

Mon propre compteur de morts à la fin du jeu (il y a eu de la sueur et des larmes)
Mon propre compteur de morts à la fin du jeu (il y a eu de la sueur et des larmes) / Matt Makes Games

Sous le défi, une histoire profondément touchante

Au fil des niveaux, Madeline va en effet croiser des personnages étonnants : une grand-mère moqueuse qui tente de la faire renoncer, un aventurier barbu adepte de selfies, ou encore le fantôme d'un maître d'hôtel un peu désordonné... Mais le pire adversaire de Madeline, c'est elle-même. Ou plutôt, un double d'elle-même, cynique et agressive, symbole de tout le bagage émotionnel qui la poursuit et dont elle tente de se débarrasser à travers son défi un peu fou dans la montagne.

Sous des dehors mignons et colorés, "Celeste" parle subtilement de dépression, d'anxiété, de solitude, et de la difficulté à se réconcilier avec ses propres choix et ses propres erreurs. Un message qui passe autant par le récit que par la manière dont vous le vivez en tant que joueur.

Surtout lors de la magistrale séquence de l'ascension finale. Dans ce dernier niveau, aussi éprouvant que gratifiant, Madeline, devenue plus forte que jamais car en paix avec elle-même, s'attaque au sommet. Et comme elle, arrivé à ce stade, on n'a plus peur de perdre. On a surmonté nos échecs, on a même appris à les accepter, à les embrasser, à en faire une part de nous-mêmes. Et comme Madeline, on a envie d'en finir avec cette satanée montagne. Il y a à ce stade une implication quasi physique dans l'aventure de l'héroïne, qui finit par aboutir à quelque chose de magique : le sentiment d'accomplissement une fois le sommet du Mont Celeste atteint.

Le jeu réussit alors son ultime pari : même en n'ayant jamais fait d'alpinisme de ma vie, je suis à peu près sûr qu'en terminant Celeste, j'ai eu un aperçu de ce qu'on ressent en parvenant au sommet de l'Everest. Une forme de paix par-delà la fatigue, d'enthousiasme, d'harmonie avec soi-même. Après avoir fini "Celeste", surmonter 2018 (ou 2019), c'est du gâteau.

CELESTE - Disponible sur PlayStation 4, Switch, XBox One, PC et Mac

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