Peut-on aimer un jeu qui fait tout pour que vous le détestiez ? "Sekiro" est le dernier-né d'un développeur japonais spécialisé depuis quelques années dans les jeux "défis", successions de combats haletants et physiquement épuisants pour le joueur. Et il en est sans doute le plus brillant représentant.

"Sekiro: Shadows Die Twice" est un jeu qui vous malmène constamment (pour votre bien, sans doute)
"Sekiro: Shadows Die Twice" est un jeu qui vous malmène constamment (pour votre bien, sans doute) © FromSoftware

Il y a quelques semaines, je vous parlais de "Celeste", mon jeu préféré de 2018, extrêmement difficile mais qui vous encourageait avec la plus grande des douceurs. Aujourd'hui, voici un jeu qui fait tout l'inverse : "Sekiro" est (lui aussi) extrêmement difficile, sauf qu'en guise d'encouragements, il préfère vous donner de grandes claques virtuelles pour vous pousser à vous dépasser.

C'est donc un jeu qui va mettre notre patience à rude épreuve, et pourtant il est aussi ardu qu'irrésistiblement attirant. Notamment parce qu'il nous plonge dans la foisonnante mythologie du Japon féodal, comme un film de Kurosawa où se seraient invités quelques démons locaux...

Sur un champ de bataille, un jeune garçon affamé et désespéré va être recueilli par un maître shinobi, un guerrier de l'ombre, qui lui donne lui enseigne son art et lui donne un nouveau nom. Vingt ans plus tard, Loup, votre personnage, est chargé protéger de sa vie un autre jeune garçon, l'Héritier divin, dont le sang est convoité par un mystérieux seigneur de guerre. Sous la pleine lune, au milieu des fleurs, les deux combattants vont s'affronter sans répit. Un combat malheureusement de courte durée : Loup n'est pas à la hauteur, et perd son bras gauche dans le combat.

La mort n'est pas une fin

Son protégé est enlevé, et lui laissé pour mort... Jusqu'à son réveil dans l'atelier d'un étrange sculpteur, qui lui assure que son heure n'est pas encore venue et qui lui fabrique un nouveau bras mécanique. Loup va traquer l'homme responsable de sa chute, et tenter de sauver son jeune protégé. Sur son chemin, des samurais, des ogres, des serpents géants et des monstres gigantesques que seule votre ruse et votre persévérance pourront vaincre.

Vous allez vite découvrir que le sous-titre du jeu ("Shadows die twice" ; "les ombres meurent deux fois") est parfaitement mensonger : en fait, le compteur monte très vite à plusieurs dizaines, voire centaines de morts. À ce niveau-là, c'est presque du masochisme...

Le goût du défi

"Sekiro" s'inscrit en effet dans cette mode récente de jeux extrêmement difficiles, où l'échec répété est le meilleur professeur (son éditeur FromSoftware s'est d'ailleurs fait une spécialité de ce genre de jeux). Comme un cours d'arts martiaux, le jeu tente de transformer petit à petit chacune des actions possibles (éviter, parer, profiter d'une ouverture) en réflexe quasi automatique.

L'immense majorité des joueurs ne verront sans doute jamais le dénouement, mais après tout, c'était aussi le cas de nombreux jeux vidéo des années 80 ou 90 : le fait d'admettre qu'on n'irait peut-être pas au bout ne gâchait pas forcément le plaisir de jeu, qui est ailleurs. Ce qui faisait leur intérêt et ce qui fait l'intérêt de "Sekiro", c'est la beauté du défi lui-même. S'y attaquer est en soi exaltant.

On sait que ce qui nous attend, c'est la mort, des morts multiples, une accumulation de frustration voire de colère face à des ennemis qui, quelle que soit leur puissance, peuvent être fatals à la moindre inattention. Mais si le jeu est dur, il n'est jamais totalement injuste. Et pour peu qu'on en ait la patience, ces petites victoires qu'on arrache de haute lutte ont une saveur incomparable. En la matière, "Sekiro" est à réserver aux plus fins gourmets... Mais quel délice !

🎮 SEKIRO: SHADOWS DIE TWICE - Disponible sur Playstation 4, Xbox One et PC

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