Et si une héroïne hypersexualisée, qui semble créée de toutes pièces pour plaire au public masculin, était en fait l’un des personnages de jeu vidéo les plus emblématiques de l’invincible puissance des femmes ?

"Bayonetta", un personnage hypersexualisé qu’on peut aussi voir comme une incarnation de la puissance féminine
"Bayonetta", un personnage hypersexualisé qu’on peut aussi voir comme une incarnation de la puissance féminine © Platinum Games

L’histoire de ce jeu d’action nerveux et exigeant commence dans un cimetière, en pleine averse. Face à un cercueil, notre héroïne en tenue de religieuse, et un type louche pas très ému par ces funérailles. Quand soudain, des anges débarquent : Bayonetta s’élève vers les cieux, s’approche des créatures célestes... Et soudain, se met à tabasser ces êtres étranges faits de chair et de métal, animés d’intentions meurtrières.

Le truc, c’est que Bayonetta sait se défendre, et c’est peu de le dire. Avec ses poings, avec ses pieds, avec des épées plus grandes qu’elle, avec des fouets parsemés d’épines, avec des pistolets fixés à ses poignets et à ses chevilles, et même avec ses cheveux. "Bayonetta", le jeu, c’est d’abord une spectaculaire succession d’affrontements dantesques où tout est possible, même le plus improbable. Tout ça dans un contexte épique mêlant le monde des humains, celui des enfers et celui des cieux, défendus respectivement par les sorcières d’Umbra et les sages de Lumen.

Une héroïne bien plus complexe qu’elle n’en a l’air

Évidemment, ces deux camps sont entrés en guerre plusieurs siècles auparavant, et ont utilisé la Terre comme champ de bataille. Jusqu’à aboutir à l’extermination de toutes les sorcières d’Umbra : Bayonetta est la dernière… Et c’est tout ce dont elle se souvient. Vingt ans plus tôt, elle a été retrouvée inconsciente au fond d’un lac, et depuis elle cherche la vérité sur ses origines, sans jamais se départir de son flegme.

Au-delà de l’histoire, le plus intéressant, c‘est le personnage de Bayonetta elle-même. Le jeu a beau avoir enthousiasmé la critique, il a d’abord connu des ventes plutôt modestes. Puis le temps a fait son œuvre, et le personnage est devenu culte. Et je vous vois venir : non, ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une héroïne hypersexualisée, idéal de femme fatale vêtue d’une tenue très près du corps...

Ou plutôt… Si, c’est pour toutes ces raisons, mais surtout pour la manière dont le jeu les détourne avec jubilation. "Bayonetta" reprend tous les stéréotypes de la représentation des femmes dans le jeu vidéo, mais les exagère à tel point qu’ils deviennent des caricatures, se moquant surtout de ceux qui en sont friands.

Coup de pied aux fesses du patriarcat

En fait, Bayonetta est un appât, un piège séduisant aussi bien pour le joueur qui pensait se rincer l’œil que pour ses ennemis. Presque tous sont mâles, aucun ne lui arrive à la cheville, et le seul combat à sa hauteur, c‘est celui contre… une autre sorcière. C’est donc une figure de femme forte que pas un homme ne peut arrêter, aux antipodes du cliché vidéoludique de la demoiselle en détresse. Elle remporte toutes ses victoires sans jamais devoir adopter d’attitudes masculines, au contraire : être une femme est, littéralement, ce qui la rend invincible.

Bayonetta, c’est la sorcière qui a mis une énorme fessée au monde souvent testostéroné du jeu vidéo, jusqu’à s’y imposer comme une référence, aux côtés de mecs bien moins flamboyants... Alléluia.

🎮 "BAYONETTA" - Disponible sur PC, PlayStation 3, PlayStation 4, Xbox 360, Xbox One, et Switch

Merci à Julien Baldacchino, Maxime Debs, Sébastien Paour et Amélie Perrier pour le doublage des voix.

Bonus : les premières minutes du jeu en vidéo

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