Sans être révolutionnaire, ce jeu vidéo du studio Remedy ("Max Payne", "Alan Wake") développe avec élégance un univers original qui happe le joueur, avant de le perdre volontairement dans de délicieux méandres. David Lynch n'est pas loin...

Dans "Control", le joueur évolue dans un immeuble tentaculaire et onirique, où l'étrange est loi
Dans "Control", le joueur évolue dans un immeuble tentaculaire et onirique, où l'étrange est loi © Remedy Entertainment

Cette semaine, on vous propose d'explorer un étrange immeuble new-yorkais. Une tour immense, au point qu'on ne distingue plus vraiment son sommet en pleine nuit, anonyme, presque invisible au cœur de la ville. C'est le théâtre de "Control", un jeu qui vous fait incarner Jesse Faden, jeune femme à la recherche de son frère Dylan, enlevé il y a 17 ans par le mystérieux Bureau Fédéral du Contrôle, où elle entre avec de nombreuses questions.

À l'intérieur, personne. En tout cas, personne de totalement humain. Dans cet univers où l'on progresse sans cesse comme dans un rêve vaporeux, des corps flottent fixement dans les airs, et les agents de sécurité sont devenus fous et hostiles. Jesse ne va pas tarder à comprendre pourquoi.

David Lynch pour concierge

Car pour le meilleur et pour le pire, Jesse n'est pas seule dans cette aventure. Le meilleur, c'est Polaris, une entité silencieuse qui l'accompagne et la protège. Le pire, c'est le Hiss (littéralement "le Sifflement"), une forme de vie insidieuse qui a pris le contrôle de tout l'immeuble, des êtres vivants aux objets inanimés. Invisible, sa présence s'exprime presque uniquement de manière sonore.

Dans certaines pièces, Jesse va aussi rencontrer des employés épargnés par le Hiss, et parmi eux, un concierge qui en sait beaucoup, même si chacune de ses phrases, confuse et dans un français approximatif, ressemble à une énigme.

Avec son visage buriné et ses cheveux en bataille, le concierge a d'ailleurs un petit air de David Lynch... Et comme vous l'aurez compris en me voyant essayer de résumer l'univers complexe de "Control", ce n'est pas un hasard. L'immeuble pourrait avoir été dessiné par le réalisateur de Twin Peaks, tant ses couloirs sont emmêlés, tentaculaires, avec des espaces qui défient toute logique géométrique.

Pire : possédé par le Hiss, le bâtiment a pris vie, lui aussi, devenant presque un personnage à part entière. Les murs sont des enchevêtrements de cubes, certaines pièces sont reliés par d'étranges tunnels, d'autres sont entourées de gouffres sans fond... "Control" triture notre sens de l'orientation, pas assez pour nous perdre, mais suffisamment pour nous intriguer et nous donner envie d'avancer.

Un jeu qui n'a jamais peur de perdre son joueur

Et c'est cet univers très particulier qui rend le jeu attachant, et qui lui permet de sortir du lot. Manette en main, "Control" est assez classique, il rappelle les précédents jeux du studio Remedy, à qui l'on doit notamment les excellents "Max Payne" et "Alan Wake", pour les connaisseurs. Mais il présente un monde original et cohérent jusque dans ses détails (même l'arme du joueur est étonnante, constituée de cubes vivants qui se réorganisent à l'envi).

Un monde qu'il déroule avec élégance et application, presque sans se préoccuper du joueur. Tout comme Lynch (encore lui) n'hésite pas à dérouler ses histoires sans craindre de déplaire. À l'heure où les créateurs de jeux se plient souvent trop à ce qu'ils pensent être les attentes du grand public, cela fait de "Control" une réussite artistique rafraîchissante.

🎮 "CONTROL" - Disponible sur PC, PlayStation 4 et Xbox One

Bonus : les premières minutes du jeu en vidéo

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