Qu'est-ce qui fait qu'un jeu vidéo parvient à dépasser le cadre de son époque, au point d'être réédité à trois reprises en une seule décennie ? Le secret d'Okami, c'est un parti-pris artistique fort, une réelle identité qui, aujourd'hui encore, est à contre-courant des blockbusters du genre.

Okami est un voyage visuel et sonore tout à fait unique
Okami est un voyage visuel et sonore tout à fait unique © Capcom

C'est une œuvre infiniment riche, autour d'une histoire qui, comme dans tout conte qui se respecte, commence par un long "Il était une fois". Direction le Japon médiéval et fantastique, le Nippon : un pays corrompu par le mal, physiquement, puisque ses plaines, ses forêts et ses montagnes sont recouvertes d'un voile sombre, où prolifèrent des démons improbables : singes malfaisants, poissons volants, grues armées d'épées, ou reines-araignées... Une malédiction qu'il faudra lever en réveillant les forces de la nature elle-même.

Okami, c'est aussi un conte peuplé de personnages attachants. Et en premier lieu celui que vous incarnez, Amaterasu, qui n'est autre que la déesse du Soleil ressuscitée sous la forme d'un magnifique loup blanc (excusez du peu). Un personnage dont l'arme principale est un pinceau, dans ce monde où l'art est plus fort que l'épée. À tout moment, le joueur peut "plaquer" le jeu sur un parchemin virtuel, et dessiner au pinceau des formes qui influenceront l'action (une bombe, un coup d'épée, le souffle du vent ou l'apparition d'un arbre...)

Un monde tout en nuances

Au cours de son périple, elle va croiser la route d'Issun, un peintre errant réduit à la taille d'une puce, d'un jeune prophète aux prédictions aussi obscures que globalement inutiles, ou encore de Susano, samurai fainéant et froussard, qui s'est autoproclamé héros de l'histoire... Okami développe un style bien à lui, tout en nuances : un héros peut y être tour à tour vaillant ou ridicule, un ennemi aussi drôle qu'effrayant, un lieu aussi coloré qu'inquiétant... Pas étonnant que cet univers laisse autant de souvenirs même après avoir posé la manette.

Car le jeu est devenu culte au fil des années, au point d'avoir été réédité plusieurs fois, alors que l'original fête pourtant ses 12 ans (un âge quasi canonique dans ce domaine). Okami est la preuve qu'un jeu peut être intemporel et traverser les années, à condition de prendre des risques, de sortir des sentiers battus artistiquement.

Restauré, redessiné, ressuscité

Sa plus grande force, au-delà de son univers attachant et de sa magnifique bande-son, c'est son parti-pris visuel : visiter le monde d'Okami, c'est se promener à l'intérieur d'une estampe japonaise. Chaque arbre, chaque rocher, chaque montagne semble dessiné à la main, les contours des personnages imitent le trait épais d'un pinceau traditionnel, et si l'on est amateur d'art nippon, on peut repérer dans les décors des reproductions d’œuvres majeures, comme la fameuse grande vague de Kanagawa, de Hokusai.

Ressortir un jeu en l'adaptant aux technologies actuelles, ce n'est pas rare aujourd'hui, mais pour Okami, ce n'est pas tant un remake qu'une restauration, comme pour un tableau. Le jeu est plus que jamais un délice pour les yeux et les oreilles. Alors pour paraphraser le docteur Henry Jones Jr (Indiana pour les intimes) on peut dire d'Okami que "sa place est dans un musée", presque autant que dans une console de jeux.

OKAMI HD - Disponible sur Switch, PC, Xbox One et PlayStation 4

Merci à Julien Baldacchino et Alex Vizorek pour le doublage des voix.

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