Comment développer la suite d'un jeu, près de 30 ans après la sortie du précédent épisode ? Avec beaucoup de respect pour l'original et tout autant d'audace pour éviter le déjà-vu. "Streets of Rage 4" s'en sort honorablement et rappellera plein de bons souvenirs aux joueurs des années 80 et 90.

"Streets of Rage 4", un jeu vidéo aussi efficace que nostalgique
"Streets of Rage 4", un jeu vidéo aussi efficace que nostalgique

Nous sommes au tout début des années 90, et le monde des cours d'école se divise en deux catégories : ceux qui ont la Super Nintendo, et ceux qui préfèrent la MegaDrive. Deux consoles de jeux vidéo mythiques qui, des années après l'effondrement du bloc soviétique, ont poursuivi leur guerre froide dans le cœur des joueurs de l'époque. Je tremble encore en évoquant ces débats enflammés et jamais vraiment tranchés depuis. Qui est le plus fort, Mario ou Sonic ? L'adaptation en jeu vidéo d'Aladdin est-elle meilleure chez Sega ou chez Nintendo ? Vaut-il mieux jouer à "Final Fantasy" ou à "Phantasy Star" ?

Bref l'époque n'était pas simple, mais il y avait quand même des concessions que les deux côtés savaient faire, des exclusivités d'une console dont même les fans de l'autre devaient reconnaître les qualités. Et parmi ces jeux, il y avait la trilogie "Streets of Rage" sur MegaDrive. Le jeu vous mettait dans les baskets ou les bottines en cuir d'Axel Stone, Adam Hunter ou Blaze Fielding, trois gardiens de la paix pas franchement fans de l'uniforme, qui sont "prêts à tout risquer, même leurs vies, dans ces rues de la colère", face à un "vicieux syndicat du crime qui a pris le contrôle du gouvernement et même des forces de police". Oui, je vous cite mot pour mot l'introduction du jeu, digne des plus grands moments de la filmographie d'Arnold Schwarzenegger et Steven Seagal réunis : quand je vous disais qu'on était en plein dans les années 90.

"Streets of Rage" tirait son inspiration de "Double Dragon" ou "Final Fight", pionniers du beat them all, ce genre vidéoludique où l'objectif est de parcourir des niveaux en tabassant tout ce qui se présente, simples voyous portant tous le même prénom, gangsters psychopathes équipés d'armes létales, ou simples cabines téléphoniques qui ne vous avaient rien demandé. Et "Streets of Rage" était, à l'époque, la Rolls dans son domaine. Beau, varié, facile à prendre en main et doté d'une ambiance incroyable : un véritable bonheur à parcourir de bout en bout, surtout à deux joueurs.

Un retour après deux décennies

La deuxième histoire que je voulais vous raconter ce matin, c'est celle de Dotemu, un studio français peuplé de passionnés de jeux vidéo rétro, spécialisé dans le dépoussiérage de classiques, autrement dit refaire tourner de vieux jeux sur des machines modernes. Sauf qu'il y a quelques années, plutôt que de simplement faire voyager certains jeux de leur époque à la nôtre, ils ont décidé de faire comme si certaines séries des années 90, laissées à l'abandon depuis, existaient encore et sortaient de nouveaux épisodes. L'idée étant de les adapter aux consoles actuelles, sans dénaturer l'expérience originale. Et parmi ces défis, ils ont créé un "Streets of Rage 4", 26 ans après le précédent jeu de la série.

Le jeu vidéo, c'est un peu comme la cuisine. Quand on veut réinventer le pot au feu, il faut à la fois savoir ce qui fait que c'est un pot au feu, et oser changer certaines choses pour que ce ne soit pas "juste un pot au feu". "Streets of Rage 4" réussit les deux. Visuellement, il abandonne les pixels d'époque pour un style plus proche du dessin animé ; mais tout paraît immédiatement familier. La palette d'actions disponibles est un peu plus vaste, mais manette en main on retrouve exactement les mêmes sensations que sur les jeux originaux. Bref, les plus attentifs aux détails se réjouiront de toutes les petites nouveautés, et ceux qui avaient usé leurs pouces sur les premiers jeux auront l'impression de redécouvrir le plat de leur enfance.

La musique comme lien à travers les âges

Ma dernière histoire est une histoire dans l'histoire : celle de la bande son de la série Streets of Rage. Dans les années 90, elle a été écrite par Yūzō Koshiro, sorte de dieu vivant de la musique de jeu vidéo : rendez-vous compte, c'était le premier compositeur à avoir son nom inscrit sur l'écran d'accueil d'un jeu, et le premier aussi à avoir obtenu les droits sur sa musique. En 2020, les créateurs du quatrième épisode ont réussi à le convaincre d'écrire de nouveaux morceaux pour le jeu, en collaboration avec Olivier Derivière, compositeur français de plus en plus reconnu.

C'est le meilleur symbole de la réussite de Streets of Rage 4 : pour un jeu qui pourrait sembler simpliste au premier abord, c'est avec une grande finesse qu'il parvient à mélanger des ingrédients d'origines et d'époques diverses à toutes les étapes de sa recette.

🎮 "STREETS OF RAGE 4" - Disponible sur PC, PlayStation 4, Xbox One et Switch

Bonus : les premières minutes du jeu en vidéo

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