Cette semaine, on va jouer à se faire peur. Et pas avec n'importe qui : "Call of Cthulhu" est directement tiré de l’œuvre d'un des maîtres de la littérature d'horreur : Howard Phillips Lovecraft. Un jeu qui a pour ambition, comme le romancier, de vous emmener en voyage au bout de la terreur et de la folie.

L'île de Darkwater, décor macabre et inquiétant de "Call of Cthulhu"
L'île de Darkwater, décor macabre et inquiétant de "Call of Cthulhu" © Focus Home Interactive

HP Lovecraft. L'auteur américain a beau être mort en 1937 (longtemps avant Pong ou Pac-Man), il a largement inspiré des pans entiers de l'histoire du jeu vidéo : soit dans des adaptations assumées de ses romans, soit dans des univers qui empruntaient largement aux éléments imaginés dans ses ouvrages (personnages, créatures, pour lesquelles Lovecraft avait même développé une langue imaginaire, gutturale et inhumaine, comme le prouve le titre de cette chronique).

"Call of Cthulhu", fait partie de la première catégorie. Un jeu qui s'ouvre sur une citation de Lovecraft lui-même :

"Si je suis fou, alors tant mieux ! Puissent les dieux prendre en pitié celui qui a le cœur assez dur pour attendre avec sang-froid une fin atroce."

Il vous plonge ensuite dans l'esprit déjà épuisé d'Edward Pierce, vétéran de la Première guerre mondiale devenu détective privé (et alcoolique), chargé d'enquête sur la mort d'une jeune peintre, Sarah Hawkins, de son mari et de son jeune enfant dans un terrible incendie.

Peur +100, santé mentale -50

Seul indice : l'un des derniers tableaux de la victime, qui représente une silhouette humaine déformée et inquiétante. Pierce va donc quitter Boston pour rejoindre l'île de Darkwater, où s'est produit le drame. Un ancien port de pêche à la baleine, avant que ces dernières ne disparaissent mystérieusement à la fin du XIXe siècle. Un lieu à la limite de la civilisation, où l'on croise des lampadaires à la lumière verdâtre et vacillante qui peinent à percer le brouillard, des pêcheurs bourrus et superstitieux ou des contrebandiers menés par une reine du crime locale.

Le plus étonnant, c'est que toute cette faune semble effrayée par... autre chose. Une chose tapie dans l'ombre, qui hante l'île autant que les tableaux de Sarah Hawkins. De quoi avoir des frissons devant son écran.

Et autant vous le dire tout de suite : ça ne va vraiment pas s'arranger. À partir de là, le jeu vous plonge progressivement dans un cauchemar éveillé, mais sans effet de manche inutile. Le scénario se déroule sans que vous ayez forcément beaucoup de prise sur lui, mais loin d'être un défaut, cela ajoute à l'impression de perte de contrôle progressive. D'ailleurs, le jeu intègre même parmi ses éléments de jeux de rôles (outre des compétences classiques qui permettent de débloquer les situations de plusieurs manières différentes) une mécanique autour de la santé mentale de votre personnage, vous obligeant à gérer ses crises de panique face à certaines situations.

Le vent dans les branches

Tout comme les œuvres de Lovecraft elles-mêmes, "Call of Cthulhu" joue avant tout sur l'ambiance et la montée progressive de la tension. Les décors sont délicieusement oppressants (on peut presque sentir l'odeur de moisissure dans un vieux manoir à l'abandon, ou sentir les gouttes qui glissent dans notre dos en explorant une caverne), mais le plus efficace, c'est l'ambiance sonore, avec une utilisation minimaliste de la musique au profit des bruitages.

Car finalement, depuis notre plus tendre enfance, rien n'aura jamais été plus inquiétant que le sifflement du vent, le craquement des branches, et le bruit des feuilles qui précèdent une tempête.

CALL OF CTHULHU - Disponible sur PC, PlayStation 4 et Xbox One

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